Institut recherche jacquaire (IRJ)

D'un pèlerinage mythique au premier Itinéraire culturel européen


Rédigé par le 27 Janvier 2024 modifié le 21 Avril 2024
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Inspiré par deux papes séparés d'un siècle

En 1879, des ossements découverts dans la cathédrale de Compostelle sont attribués à l'apôtre Jacques et à ses disciples par les scientifiques consultés à ce sujet locaux. L'archevêque soumet au pape leur conclusion. Après enquête, elle est approuvée par Léon XIII en 1884. Le sanctuaire galicin est sauvé, dans le contexte de cette fin du XIXe siècle, pendant lequel l'Eglise a retrouvé la capacité mobilisatrice des pèlerinages.

Un siècle plus tard, l'enthousiasme soulevé par la redécouverte du pèlerinage galicien dans les milieux intellectuels, l'impulsion donnée par Franco dès 1948, l'action d'associations de pèlerins soutenues par une association française créée en 1950, l'appel à l'Europe du pape Jean-Paul II en 1982 et l'action diplomatique espagnole conduisent le Conseil de l'Europe à une décision historique : définir les Chemins de Compostelle comme premier Itinéraire culturel européen


Une décision audacieuse

En 1987, le Conseil de l’Europe a montré une belle audace en choisissant les « chemins de Compostelle » comme premier Itinéraire Culturel Européen. Il cherchait les bases d'une identité culturelle commune à tous ces pays aux nationalismes exacerbés. Il fallait trouver comment unir des pays aussi différents que la Norvège et l’Italie, ou des pays dont la réconciliation devait être renforcée, comme la France et l’Allemagne. Il fallait aussi retisser des liens avec l'Espagne, admise au Conseil de l'Europe en 1977, intégrée en 1985 dans la Communauté économique en construction. En assurant la promotion d’un itinéraire conduisant à un sanctuaire catholique le Conseil rappellait aux Européens l'importance de la " mémoire collective du passé chrétien " rattachée à Compostelle.

De nombreux papes avaient affirmé que des foules venues de toute l’Europe s’y étaient rendues depuis des siècles, tout en mêlant leurs cultures respectives. Mais comment les Protestants allemands pouvaient-ils accepter une telle proposition ? Comment les laïcs français allaient-ils l’interpréter, eux qui avaient œuvré à la séparation de l’Eglise et de l’Etat ? Comment les Pays-Bas n’allaient-ils pas se ressouvenir de la domination espagnole ? Comment des esprits cartésiens de partout allaient-il cautionner des manifestations pèlerines qu’ils pensaient réservées à des naïfs en quête de miracles, exploités par un mercantilisme habile ? En fait, les bases étaient jetées dès les années 1960 par quelques intellectuels, dont le plus connu en France est resté René de La Coste-Messelière. Cette idée ingénieuse avait déjà fait ses preuves. Elle avait germé dès la fin de la guerre civile en Espagne.