Institut recherche jacquaire (IRJ)

Conseil de l'Europe, l'audace de 1987


Rédigé par le 22 Décembre 2017 modifié le 27 Janvier 2024
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En 1879, des ossements découverts dans la cathédrale de Compostelle sont attribués par les responsables locaux, à l'apôtre Jacques et à ses disciples. Ils soumettent au pape leur conclusion. Après enquête, elle est approuvée par le pape Léon XIII en 1884. Le sanctuaire galicien est sauvé, alors que pendant le XIXe siècle, l'Eglise a retrouvé la capacité mobilisatrice des pèlerinages.
Un siècle plus tard, l'enthousiasme soulevé par la redécouverte de ce pèlerinage dans les milieux intellectuels, l'impulsion donnée par Franco dès 1948, l'action d'associations de pèlerins soutenues par une association française créée en 1950, l'appel à l'Europe du pape Jean-Paul II en 1982 et l'action diplomatique espagnole conduisent le Conseil de l'Europe à une décision historique : définir les Chemins de Compostelle comme premier Itinéraire culturel européen.



Une décision audacieuse

En 1987, le Conseil de l’Europe a montré une belle audace en choisissant les « chemins de Compostelle » comme premier Itinéraire Culturel Européen. Il cherchait les bases d'une identité commune à tous ces pays aux nationalismes exacerbés. Il fallait trouver comment unir des pays aussi différents que la Norvège et l’Italie, ou des pays dont la réconciliation devait être renforcée, comme la France et l’Allemagne. Il fallait aussi retisser des liens avec l'Espagne, admise au Conseil de l'Europe en 1977, intégrée en 1985 dans la Communauté économique en construction. En assurant la promotion d’un itinéraire conduisant à un sanctuaire catholique le Conseil rappellait aux Européens l'importance de la " mémoire collective " rattachée à Compostelle.
De nombreux papes avaient affirmé que des foules venues de toute l’Europe s’y étaient rendues depuis des siècles, tout en mêlant leurs cultures respectives. Mais comment les Protestants allemands pouvaient-ils accepter une telle proposition ? Comment les laïcs français allaient-ils l’interpréter, eux qui avaient œuvré à la séparation de l’Eglise et de l’Etat ? Comment les Pays-Bas n’allaient-ils pas se ressouvenir de la domination espagnole ? Comment des esprits cartésiens de partout allaient-il cautionner des manifestations pèlerines qu’ils pensaient réservées à des naïfs en quête de miracles, exploités par un mercantilisme habile ? En fait, les bases étaient jetées dès les années 1960 par quelques intellectuels, dont le plus connu en France est resté René de La Coste-Messelière. Cette idée avait germé dès la fin de la guerre civile en Espagne.

Une voie préparée par Léon XIII et Franco

En reconnaissant en 1884, les restes de l’apôtre Jacques et de ses compagnons, découverts en 1879, le pape Léon XIII avait réveillé Compostelle. Pendant la guerre civile Franco avait combattu les Républicains sous la bannière de saint Jacques Matamore, devenu MataRojos. La guerre terminée, il voulut faire oublier le combattant en mettant en avant le doux apôtre. Il serait celui qui rouvrirait  l’Espagne au reste de l’Europe. Dans son discours du 25 juillet 1948 il a demandé à saint Jacques " d'ouvrir les chemins de Saint-Jacques jusqu'au-delà du rideau de fer "

Compostelle phare dans l’Europe en guerre

Compostelle était restée en Europe « comme un phare » pendant les années noires, selon l’expression de Charles Pichon, journaliste catholique, qui n’a cessé de voir dans le pèlerinage une chance pour la paix et la réconciliation. L’action de cet homme, trop peu connu, mérite d’être soulignée. En 1938, il obtint l’autorisation d’organiser un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle sous la condition expresse que les pèlerins s’abstiendraient en Espagne de toute activité politique. Trois cents participants répartis dans sept autocars furent accompagnés par les autorités espagnoles et les dirigeants du tourisme. Durant toutes les années de guerre, Charles Pichon a plaidé en faveur des pèlerinages comme facteurs de paix en Europe, sans parvenir à en organiser. En 1950, il fut parmi les membres fondateurs de la Société française des amis de Saint-Jacques et membre de son Conseil d'Administration. Il organisa en 1951 un pèlerinage conduit par Mgr Blanchet, recteur de l'Institut Catholique de Paris.

1962 Interventions du gouvernement et de l'archevêque

L'année 1962, fut marquée par deux événements, la revalorisation du camino francés, promu au rang de « patrimoine historique national » par décret et la visite au Puy de l’archevêque de Compostelle Mgr. Quiroga y Palacios pour la commémoration du millénaire de la consécration par l'évêque Godescalc, de la chapelle de Saint-Michel l’Aiguilhei où il présida la cérémonie. Il fut accueilli au Puy par l’évêque Mgr Dolzome, accompagné, entre autres personnalités, par Charles Pichon, président du comité France-Espagne.

IMG9 Saint-Jacques des Blats

Sur la route du Puy, Mgr Quiroga s’arrête à Saint-Jacques des Blats
 
i - Cette construction n’a pas de lien avec le pèlerinage à Compostelle. Elle fut le fait d’un chanoine de la cathédrale souhaitant marquer sa dévotion à saint Michel. (recherches personnelles de JMF, pèlerin du Puy).

1965, Entrer en Europe par saint Jacques

Un article du Diaro de Burgos du 24 mai 1965 résume les ambitions espagnoles. Intitulé « Une Europe par saint Jacques » il analyse les ambitions d’une certaine jeunesse européenne qui souhaitait venir à Compostelle en pèlerinage et espère que ce rapprochement aidera à l’intégration de l’Espagne dans l’Europe, cette Espagne, déplore-t-il « condamnée à l’isolement par l’Europe ».
Dès lors on comprend mieux l’activité déployée par les Espagnols dès leur entrée au Conseil de l’Europe. Elle aboutit, en 1987, à la définition du Premier Itinéraire culturel européen, magnifique couronnement de tant d’efforts soutenus en particulier par l'action d'une association française.
Elle fut le début de l'histoire contemporaine du pèlerinage  qui bénéficia du coup de pouce des JMJ de 1989.

Donner une nouvelle dimension


Pour fêter le quarantième anniversaire du premier Itinéraire culturel européen, l'Institut de Recherche Jacquaire-IRJ propose un projet à toutes les associations et organismes concernés par cet Itinéraire.

​Compléter tous les chemins de saint jacques européens convergeant vers Compostelle par un chemin circulaire passant par Compostelle, celui de Léon de Rozmital, pèlerin de Compostelle, porteur du premier projet d'union européenne .

Voir : https://www.institut-irj.fr/Presentation-du-voyage-de-Leon-de-Rozmital_a328.html