Institut recherche jacquaire (IRJ)

XIIIe congrès de la FEAACS


Rédigé par Elvire Torguet Fernandez le 26 Avril 2023 modifié le 9 Novembre 2023
Lu 144 fois



A OURENSE, du 20 au 23 avril 2023
XIIIe CONGRES INTERNATIONAL D'ASSOCIATIONS JACQUAIRES
De la Fédération Espagnole d'Associations d'Amis du Chemin de Saint Jacques (FEAACS)


Le thème, choisi pour ce Congrès :
"CHEMINS DE SAINT JACQUES, CHEMINS CULTURELS" Un regard vers l'Europe, 
a été particulièrement inspirant pour les associations et les conférenciers venant de 14 pays qui, au cours de trois journées intenses, ont pu exposer pas moins de 20 communications, 8 conférences et organiser 4 tables rondes de 5 intervenants chacune.

 
L'objectif, parfaitement atteint, était de faire un état des lieux du monde jacquaire sur les quatre thèmes qui nous animent, repris dans les tables rondes, dans l'ordre d'apparition :
- la culture avec l'intitulé "Nouveaux défis culturels"
- l'hospitalité avec le thème "L'accueil traditionnel sur le chemin"
- les chemins, évoqués dans  "Les chemins en Europe"
- les associations avec une évocation des "Associations jacquaires dans le monde".
 
Remarquons d'emblée l'importance affirmée et effective que la Fédération Espagnole accorde à la Culture jacquaire qui a fait l'objet de la toute première table ronde au titre évocateur. Une fédération qui accueille les associations de culture jacquaire comme membres à part entière. D'ailleurs l'association de Ourense qui a accepté d'organiser le congrès chez elle se nomme :
Asociación Cultural Amigos Camiño Mozárabe-Vía Plata Ourense. 

Un regard vers l'Europe

Le deuxième constat de ce XIIIe Congrès a été la place donnée à l'Europe, déjà suggérée par le sous titre "un regard vers l'Europe". Un effet, dès la première demi journée, un Acte solennel de 
DECLARATION D'INTENTION  pour la création
d'une UNION EUROPEENNE DES ASSOCIATIONS JACQUAIRES
sous le nom de EUROPA COMPOSTELA
a été signé entre le président de la FEAACS, la présidente de La Fédération Française Compostelle France, le président de l'association Société Française d'Amis de Saint-Jacques, le président de l'Association Belge Wallonne d'Amis de Saint-Jacques, la Présidente de l'association Belge Flamande, et le président de la société de Saint-Jacques des Pays Bas. Un travail de longue haleine pour l'élaboration des statuts reste à faire. Il prendra certainement du temps, mais l'intention de mener à bien ce projet, ouvert à toutes les associations jacquaires d'Europe,  est ferme parmi les cosignataires.
Examinons maintenant le contenu de ce magnifique XIIIe Congrès. 

1. La Culture et le Chemin

Le Délégué à la Culture de la Fédération Espagnole a souligné que "le défi de la FEAACS est de promouvoir la culture". Son  site web y invite toutes les associations et les particuliers en proposant des liens directs vers les travaux des associations membres, mais aussi vers d'autres organismes culturels comme, l'Institut de Recherche Jacquaire de Tours ou la bibliothèque Galiciana par exemple. La Fédération Espagnole travaille avec les associations pour que même le patrimoine culturel immatériel soit recueilli et référencé et elle pousse à créer des liens avec les universités. Rafael Sanchez Bargiela, chercheur en géographie et Histoire a coïncidé avec d'autres pour dire que nous sommes les "gardiens" du chemin et la culture n'est que l'expression de toutes les activités humaines. Nous avons le devoir "d'identifier, documenter, informer et transmettre" le patrimoine et il remarquait que souvent les universitaires qui travaillent sur le thème du Chemin ont la double casquette, universitaire et pèlerin, comme un lien tout naturel. 

Manuel F. Rodriguez du Xacobeo, créateur des 18 tomes de l'encyclopédie Jacquaire Xacopedia depuis 2008, a confirmé "qu'on ne rougit plus de parler de culture jacquaire".  
Aussi laissons-nous le mot de la fin à  un des pionniers et grand expert des chemins de pèlerinage et de Compostelle, Mr Paolo Caucci von Saucken, présent au congrès et distingué par celui-ci : les pionniers de la renaissance des chemins en Europe,
" nous sommes venus de la culture au Chemin,
il est temps maintenant de rendre le Chemin à la culture".

2. L'Accueil "traditionnel"

C'est un type d'accueil auquel les associations espagnoles et probablement tous les pèlerins sont très attachés et ce, malgré la massification de certains chemins et les difficultés financières inhérentes à notre époque. Il consiste à accueillir les pèlerins quels qu'ils soient par des hospitaliers bénévoles en "donativo" c'est à dire participation financière libre. Il se définit officiellement comme "un accueil qui offre une prestation sans contrepartie ou bien contre un prix minime dans le but de conserver la structure et garantir sa survie". 
Le 26 mars 2023 d'ailleurs, l'accueil traditionnel ("la acogida tradicional") a obtenu l'accord  du gouvernement espagnol pour que celui-ci  porte et défende  ce dossier  auprès du  Patrimoine Mondial  de l'UNESCO pour le faire classer comme patrimoine immatériel.

3. Les chemins et les associations

Avec beaucoup de réalisme et sans langue de bois, de nombreux intervenants ont pointé les difficultés actuelles : un chemin qui se transforme, qui n'est plus ce qu'il était ; des pèlerins qui sont individualistes, qui ne savent pas ce qu'ils cherchent, davantage inquiets de code wifi que de spiritualité ; enfin des associations dont les membres vieillissent et où les jeunes ne viennent pas.
 Y-a-t-il concurrence ou symbiose entre le pèlerinage et le tourisme ? Le chemin, va-t-il disparaitre, piétiné par les foules, dilué dans les nombreuses variantes qui apparaissent tous les jours et les associations avec ?
Malgré ces inquiétudes légitimes, le contenu des interventions du Congrès a permis de dégager sur ces thèmes quelques éléments de réponse.
      - Tout d'abord que le chemin de pèlerinage n'est pas quelque chose d'immuable, il a toujours collé à son époque. Notre chemin d'aujourd'hui ne peut être un chemin médiéval. Il change parce qu'il est vivant. Selon Jesús Sánchez Adalid, prêtre et écrivain, un pèlerinage, hier comme aujourd'hui est un voyage de recherche. On recherche un temple, des reliques ou soi même comme aujourd'hui. Mais c'est aussi un voyage de liberté et c'est comme cela qu'il est compris actuellement. "Abandonner le monde pour la solitude du chemin, c'est choisir la liberté vraie". Chaque fois que quelqu'un trouve la vérité sur lui même, le Chemin montre qu'il est vivant.
         - Ensuite, qu'on n'a pas à rougir de parler de tourisme, de wifi ou de crédentiale virtuelle sur les chemins de Saint-Jacques. L'association des Pays-Bas propose même dans sa préparation au départ une formation à l'utilisation des téléphones portables et des applications sur le chemin. Le président de cette association affirme que pour lui, les pèlerins traditionnels n'existent pas, ils se sont toujours adaptés aux conditions de leur époque. Il a ajouté avec d'autres que le pèlerinage alimente l'économie locale et fait vivre de nombreuses personnes, il faut en être conscients. 
      - Enfin que les jeunes sont de plus en plus nombreux sur les chemins, en été, selon les statistiques de la cathédrale.  Mais ... pas dans les associations, ce que nous constatons aussi. Il faut donc les préparer à y venir, plus tard, quand ils disposeront de plus de temps, comme nous y sommes venus nous mêmes, plus âgés.
A ce titre, l'association de Léon préconise par exemple des actions en direction des universités (particulièrement sur le défi de la culture), des scolaires et des handicapés dont les parents font en général très bon accueil à ce type d'initiatives.
Et à la question des églises fermées, il semble qu'en Espagne, des conventions sont possibles avec les pouvoirs publics pour doter le monument de QR Code qui informe sur ce que l'on ne voit pas.

Car les chemins sont en pleine expansion en Espagne même, où de très nombreuses variantes se découvrent ou sont tracées (3 chemins de Cadiz a via de la Plata, celui du Royaume d'Aragón à Huesca), ce qui a obligé la FEAACS à établir des critères très précis, au nombre de 7, pour être considéré comme Chemin de Saint-Jacques.
Des chemins européens aussi, continuent à naitre comme celui qui traverse la Croatie, la Pologne ou qui vient du Portugal (Camino de San Rosendo e Rainha Santa) présentés au Congrès  cette année.
Et même en outre mer, il se crée des chemins comme celui qui va de Colonia del Sacramento a Montevideo en Uruguay, qui est né de l'influence culturelle de la nombreuse immigration galicienne ramenant  avec elle la culture jacquaire ou le projet YA'AKOV qui cherche à établir un chemin mi-terrestre mi-maritime depuis l'Antarctique jusqu'à Compostelle.

4 L'accueil de la ville et de l'association Asociación Cultural Amigos Camino Mozárabe-Vía Plata d'Ourense.

Le succès d'un évènement aussi dense tient à la qualité des intervenants mais aussi au lieu où il se déroule et Ourense était la ville idéale pour cela. C'est une ville monumentale de Galice, avec beaucoup de patrimoine historique, thermal et jacquaire. Sa cathédrale Saint Martin, qui nous a accueillis pour une messe le dimanche 23 avril, présidée par l'évêque, possède un magnifique retable baroque et un portique du Paradis, polychromé qui rappelle sans conteste le portique de la Gloire de Compostelle.
Les congressistes ont été magnifiquement accueillis jeudi tout d'abord au siège d'une association culturelle, le Liceo, dans un palais gothico-Renaissance. Puis  les travaux se sont déroulés au centre culturel Marcos Valcárcel qui a mis à notre disposition de splendides locaux hérités de l'architecture civile et industrielle et un personnel vraiment efficace. Il s'agit en effet, d'un édifice ayant abrité une entreprise commerciale, Almacenes Simeón, tout  en fer forgé et en verrières, qui a été réaménagé en sauvegardant ses grands espaces avec goût et efficacité.
Il y avait la beauté des locaux mais aussi le confort d'une vaste salle de conférences, une excellente sonorisation et comble du progrès, de la traduction simultanée mise à disposition ! La collaboration des pouvoirs publics, le Conseil Régional d'Ourense et la Communauté Autonome de Galice, avec l'association jacquaire locale a été importante pour obtenir de tels locaux. Et comme en Galice la musique est inséparable de tout événement, la Real Banda de Gaitas Deputación de Ourense a accueilli les congressistes jeudi et une chorale historique, la Coral de Ruada a chanté pour eux à la cathédrale en guise d'adieu.
Mais on ne peut terminer sans évoquer la compétence, générosité et amabilité de tous les bénévoles  de l'association d'Ourense. Non seulement son président Jose Luis Rodriguez Cid et le vice-président-organisateur de ce XIIIe congrès, José Antonio Quintas Vázquez mais aussi les bénévoles ultra compétents qui ont encadré et accompagné les congressistes avec simplicité et sympathie. 

Un très beau congrès donc, avec de belles rencontres intellectuelles et humaines qui nous ont inspiré pour des travaux futurs et qui ont apporté des réponses à certaines questions qu'on se pose dans les associations partout en Europe. 
Cependant, le temps imparti à chaque communication a souvent été très juste, y compris lors des tables rondes ne laissant pas la place à l'approfondissement, à des échanges avec le public, ni même à aucun imprévu. C'était un peu frustrant. Ne vaudrait-il pas mieux parfois prévoir moins de communications et plus de temps accordé à chacune ? Cela vaudrait la peine d'y réfléchir pour l'avenir.