Institut recherche jacquaire (IRJ)
Institut de Recherche Jacquaire (IRJ)

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Les pèlerins médiévaux vénéraient l’apôtre Jacques auteur de l'Épître. Au moment de la mort, il était le passeur des âmes.

Les miniatures uniques de saint Jacques dans le Légendaire Angevin Hongrois, lettre 133


Rédigé par Vitoria Laudisio Neira le 11 Avril 2022 modifié le 15 Avril 2022

Comme nous l'avons dit dans la lettre 132, la légende de saint Jacques le Majeur occupait 72 miniatures dans le Légendaire hongrois angevin. Comme pour les autres saints, il illustre la vie de l'apôtre, la passion, la translation du corps en Galice et 12 miracles.
Dans cette lettre, mon propos est d'expliquer les illustrations qui sont uniques, celles dont, jusqu'à présent, je ne connais pas d'autres représentations (3 concernent la Vie de saint Jacques et 2 des 22 miracles du Livre des Miracles).



La vie de saint Jacques

Des 18 miniatures illustrant la vie de saint Jacques le Majeur, au moins trois sont uniques pour moi. Elles racontent l'épisode de la conversion du magicien Hermogène et de son assistant Filetus.





IMAGE 1 
Quomodo Sanctus Jacobus mittit sudarium 
« Comment saint Jacques donna le mouchoir »
M.360.16b

IMAGES 2 Quomodo puer dat sudarium in carcerem 
« Comment le garçon donne le mouchoir en prison »
Quomodo ille de carcere est liberatus
« Comment il a été libéré de prison »
Vat. lat. 8541, c 25rVat. lat. 8541, c 25r

Elles montrent Filetus qui, après avoir fait part à Hermogène de son intention de se convertir au christianisme, est immobilisé par le magicien. Il envoie son serviteur (garçon) demander de l'aide à saint Jacques, qui lui remet un mouchoir miraculeux qui le libère. C'est un passage très célèbre, mais les images diffèrent en partie du texte du Codex Calixtinus (Livre I, chapitre IX), qui ne fait pas allusion à la prison :
 

« L’entendant parler ainsi, Hermogène, bouillant de colère, le lia avec des liens magiques et lui dit : ‘Nous verrons bien si ton Jacques pourra te délier’. Mais Philète envoya en hâte son serviteur vers l’apôtre pour lui conter ce qui s’était passé. Et sur l’heure, le saint apôtre envoya son mouchoir à Philète, disant : ‘notre Seigneur relève ceux qui sont abattus et délie les enchaînés’ ».


Baptême de Lupa et consécration de l’église

Ces miniatures « uniques » sont la conclusion de la Translation du saint corps en Galice. Le Livre de saint Jacques raconte qu'après avoir surmonté les vicissitudes auxquelles les disciples de saint Jacques avaient été soumis, Lupa se convertit finalement (Livre III, chapitre I) :

IMAGES 3 : 
Quomodo venerunt populi orare ad sepulchrum 

« Comment les gens venaient prier sur sa tombe »
Quomodo episcopus consecrat ecclesiam 

« Comment l'évêque a consacré l’église »
Vat. lat. 8541, c. 32v

« Les porteurs du saint corps […] entrent dans le palais de la femme avec leurs bœufs domptés. Stupéfaite, celle-ci reconnut les miracles admirables qui avaient été accomplis et, poussée par ces trois signes incontestables, accéda à leur demande. Devenue soumise après avoir été impudente, elle leur remit sa petite maison ; régénérée par la foi en la sainte Trinité, elle devint avec sa famille une croyante dans le nom du Christ […] Elle fit édifier sur la hauteur, creusé dans le sol, un sépulcre en pierre admirable, où le corps de l’apôtre fut déposé dans toutes les règles de l’art. Elle fit bâtir en ce même lieu une église de grande dimension […] ».

Comme on le voit, elles n'illustrent pas le baptême de Lupa, mais seulement la population locale qui vénère le tombeau. Puis la consécration de la cathédrale de Santiago. Cependant, on pourrait considérer que dans la première miniature, Lupa est représentée dans la femme accroupie devant la tombe et qui prie. Mais le titre ne fait aucune référence à sa présence.

Les miracles

Comme mentionné dans la lettre 132, les miracles du Légendaire angevin hongrois sont au nombre de 12. Leur choix n’a suivi aucun critère particulier, mais ils sont les mêmes qui figurent dans la Légende dorée et qui eurent le plus de renommée en Italie. Il est fort probable que la maison royale d'Anjou possédait au moins un exemplaire de la Légende dorée ou d'ouvrages dérivés d'elle et que, par conséquent, ils connaissaient cette tradition.
Les miracles dont je ne connais pas d'autres représentations sont :
 

Miracle 1 : XI du Codex Calixtinus

Il raconte l'histoire d'un marchand injustement enfermé dans une tour. Très efficacement, l'enlumineur a dépeint ensemble les deux moments clés : l'homme enfermé et agenouillé devant l'apôtre Jacques, le remerciant de sa libération. Il s'agit d'une pratique de l'art médiéval qui rassemble plusieurs moments narratifs dans un seul cadre.


IMAGE 4 - 
Quomodo extraxit unum de carcere 

Comment il a fait sortir quelqu'un de prison
Lat. 8541, c. 32v

 

Miracle 9 : XVI du Codex Calixtinus

La première miniature montre l'un des trois chevaliers lyonnais qui, en faisant le Chemin, aide une dame en portant son sac. La seconde le montre aidant un autre pèlerin fatigué en le portant sur son cheval. Les deux dernières, en revanche, montrent des moments qui précèdent sa mort : dans la troisième, saint Jacques apparaît chassant les démons qui entravent sa dernière confession, utilisant la bourse de la femme et le bourdon du pèlerin, symboles de ses bonnes actions. Et dans la dernière, on voit le bon chevalier-pèlerin qui reçoit enfin l’extrême onction.

IMAGES 5- 
Quomodo tres milites vadunt ad sanctum Jacobum.
Et unum portat sacculum mulieris fatigate 

« Comment trois soldats vont à saint Jacques. 
Et un d’eux portait le sac d’une femme fatiguée »
Quomodo idem miles unum fessum accepit supra equum 
« Comment le même soldat accueillait un homme fatigué sur son cheval »

Quomodo idem miles infirmatur 
« Comment le soldat lui-même est tombé malade »
Quomodo miles ille confitetur 
« Comment ce même soldat s’est confessé »
Vat. lat. 8541, c. 37r

Miracle 5 et 6 : XVII du Codex Calixtinus

Si le miracle XVII du Codex est souvent illustré, il n’en existe aucune représentation aussi détaillée et originale que celle du Légendaire angevin.
Le miracle du pèlerin suicidaire ressuscité par saint Jacques et la Vierge trouve son origine dans le chapitre XVII du livre II du Liber Sancti Jacobi. 
Au Moyen Âge, cependant, il a été « dédoublé » et une version plus simple a été transmise avec seulement la résurrection par l’intervention de l'apôtre, et une plus complexe avec l'intervention de la Vierge. La légende dorée en raconte les deux versions.

IMAGES 6 – 
Quomodo unus dyabolus decepit peregrinum et sepsum interfecit 
« Comment un diable trompa un pèlerin et celui-ci se donna la mort »
Quomodo peregrinus interfectus iudicabatur ante iudicem. Diabolus cu meo 
« Comment le pèlerin mort fut accusé devant le juge. Le diable avec lui »
Vat. lat. 8541, c. 37r

Les miniatures ci-dessus et ci-contre, sont celles du miracle « simplifié » : le pèlerin mort est amené devant le Juge qui, grâce à la défense de saint Jacques, lui rend la vie. Le juge est représenté de manière curieuse : bien que les hagiographies fassent référence au Juge suprême (c'est-à-dire Dieu/Christ), l'enlumineur et le rubricateur ont décidé de représenter un juge du XIVe siècle. Peut-être cela est-il dû à une erreur d'interprétation, ou peut-être à une intention de simplifier la compréhension de l'histoire."

IMAGE 7
Quomodo peregrinus narrabat populo sua mirabilia 
« Comment le pèlerin narrait au peuple ses miracles »
Vat. lat. 8541, c. 34v




Les deux dernières illustrent la version la plus complète avec l'intervention de la Vierge

IMAGE 8 – Quomodo beata Virgo et sanctus Jacobus receperunt unam animam a dyabolis
« Comment la sainte Vierge et saint Jacques ont reçu une âme du Diable » 
Vat. lat. 8541, c. 34v
.



IMAGE 9 – 
Quomodo illam animam beata Virgo susscitavit cum sancto Jacobo 
« Comment la sainte Vierge avec saint Jacques a resuscité cette âme »
Vat. lat. 8541, c. 35r

Nous avons vu combien la richesse iconographique du Légendaire Angevin Hongrois est remarquable. Non seulement les miniatures sont très belles et très détaillées, mais elles présentent des versions différentes de la légende classique. Cependant, c’est dommage qu'on ne connaisse pas sûrement la source, le commanditaire et le destinataire, mais je suis convaincue qu'à l'avenir, il sera possible de comprendre ce manuscrit très riche.
 
Traduction de Flavio Vandoni
président de l'Association " Amici del Cammino di Santu Jacu"
Cagliari, Sardaigne