Institut recherche jacquaire (IRJ)

Le tombeau de saint Jacques fut-il découvert en 813 ?


Rédigé par le 10 Novembre 2012 modifié le 30 Janvier 2024
Lu 184 fois

L'IRJ est engagé dans un projet Erasmus dirigé par l'USC (Université de Santiago de Compostelle). Ce projet " vise à générer un écosystème de formation d'adultes prenant l'expérience du Camino de Santiago comme colonne vertébrale ".
Ce projet nous incite à publier l'argumentaire établi par Denise Péricard-Méa pour emporter la décision de commémorer en France, en 2013, le 1200e anniversaire de la découverte du tombeau de saint Jacques.
Cet argumentaire, reproduit dans le recueil des Commémorations, présente une vision du pèlerinage contemporain préfigurant le projet CAXATO dans sa dimension de " laboratoire d’expérimentation de nouvelles relations sociales, d’inter- culturalité, voire de santé publique ".



813, une date symbolique

Grandes Chroniques de Saint-Denis, Ms 512 - fol. 105 vO Manuscrit enluminé, vers 1300-1349 - Bibliothèque municipale de Toulouse © Bibliothèque municipale de Toulouse
Grandes Chroniques de Saint-Denis, Ms 512 - fol. 105 vO Manuscrit enluminé, vers 1300-1349 - Bibliothèque municipale de Toulouse © Bibliothèque municipale de Toulouse
Commémorer en France le 1200e anniversaire de la découverte du tombeau de saint Jacques à Compostelle prend tout son sens si l’on considère qu’aujourd’hui notre territoire est traversé de « Chemins de Saint-Jacques de Compostelle », tracés depuis les années 1970, néanmoins inscrits par l’UNESCO sur la liste du Patrimoine mondial en 1998. Le sanctuaire galicien attire chaque année un nombre impressionnant de pèlerins (ce terme englobant tous ceux qui parcourent ces chemins, quel que soit leur moyen de locomotion) et répond à un besoin réel de la société. Cette année 2013 donne l’occasion de faire le point sur cette forme de quête spirituelle, d’en mesurer l’impact sur l’économie et la mise en valeur du patrimoine.
Les chemins pourront également être étudiés comme laboratoire d’expérimentation de nouvelles relations sociales, d’inter- culturalité, voire de santé publique. Occasion aussi de procéder à une relecture de l’Histoire, intimement liée à la légende, et de reconsidérer sa présentation à ceux qui se mettent en route, ou en rêvent.
À juste titre Compostelle fait rêver. Mais le respect dû aux pèlerins impose de ne pas faire mentir l’Histoire et de conserver leur magie aux mythes anciens, sans se croire obligé d’en créer de nouveaux. L’Église a inventé en Galice un tombeau pour Jacques le Majeur mais seule la foi des fidèles a pu donner corps à ces reliques. Cette foi ne justifie pas pour autant toutes les idées fausses circulant à propos de Compostelle, réfutées par les recherches des trente dernières années. L’imaginaire pèlerin d’aujourd’hui peut s’enrichir de récits de pèlerins réels des temps anciens et des légendes locales relatives à saint Jacques, dorénavant disponibles.  

Le sceptre de CharlesV, Paris Musée du Louvre - © Michel Jeanine
Le sceptre de CharlesV, Paris Musée du Louvre - © Michel Jeanine
En outre, cette commémoration offre au public une approche de l’histoire politique de Compostelle. Car c’est bien d’histoire politique que traite, au XIIe siècle, la Chronique de Turpin lorsqu’elle relate comment Charlemagne, sollicité par saint Jacques en personne, est parti délivrer son tombeau.
Reconnue comme véridique dans toute l’Europe, elle fut incluse dans l’Histoire officielle de la France et a fourni la base de l’ornementation du  sceptre  des  rois  de  France  utilisé  de  Charles  V  à  Charles  X.
Authentifiant la présence du corps du saint à Compostelle, elle a fait connaître ce sanctuaire et donné l’empereur en exemple aux chevaliers invités à s’engager sous la bannière de saint Jacques Matamore. La mort de Charlemagne en 814 au lendemain du pèlerinage que la légende lui attribue permet de choisir 813 comme date symbolique de la découverte du tombeau.   Mais l’histoire politique ne s’est pas arrêtée avec la Reconquista. Jusqu’à l’époque contemporaine, l’épée de saint Jacques a été mobilisée pour soutenir des combats plus ou moins justes.
Ce sont aussi des actes politiques, l’appel de Jean-Paul II en 1982 à retrouver les racines chrétiennes de l’Europe, la décision du Conseil de l’Europe de faire des chemins de Compostelle le premier Itinéraire culturel européen (1987) puis leur inscription au Patrimoine mondial (1993 en Espagne et 1998 en France) qui ont fait de Compostelle l’archétype des pèlerinages médiévaux et, au-delà, le symbole d’un peuple en marche.
Denise Péricard-Méa
docteur en histoire
chercheur associé au LAMOP
Fondation David Parou Saint-Jacques

Sources : Commémorations Collection 2013
et archives de l'auteur