Institut recherche jacquaire (IRJ)

Institut de Recherche Jacquaire (IRJ)

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Les pèlerins médiévaux vénéraient l’apôtre Jacques auteur de l'Épître. Au moment de la mort, il était le passeur des âmes.

Le « saint voyage » à Compostelle relancé par le pape Léon XIII. Les réactions dans les diocèses de France


Rédigé par Micheline Mouradian le 4 Août 2022 modifié le 8 Août 2022

Les pèlerinages à Compostelle avaient pratiquement disparu au XIXe siècle.

Mais, en 1879, les reliques de saint Jacques le Majeur et de ses disciples sont redécouvertes à Compostelle. Dans sa Lettre apostolique Deus Omnipotens du 1er novembre 1884, le pape Léon XIII (1878-1903) officialise cette reconnaissance et invite l’ensemble du clergé à la publier.
Il était intéressant d’examiner comment cet appel a été relayé dans l’ensemble des diocèses de France et dans quelle mesure il a pu constituer une relance du pèlerinage de saint Jacques, qui était pratiquement tombé dans l’oubli.



Comment les diocèses de France ont-ils réagi à ce texte ?

Portrait de Léon XIII, Santiago, Saint-Martin
Portrait de Léon XIII, Santiago, Saint-Martin



Beaucoup d’évêques ont publié des lettres pastorales à cette occasion.
Ont-ils pour autant relancé les pèlerinages à Compostelle ?
Ont-ils répondu à la proposition de pèlerinages alternatifs faite par Léon XIII ?
La recherche permet de répondre à ces questions. L’étude apporte également des éléments d’information sur la variation des réponses en fonction des régions.

La Lettre apostolique de Léon XIII, Deus Omnipotens

On peut s’interroger sur les motivations de cette Lettre : pourquoi une relance du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle ? Pourquoi en 1884 ? La situation d’isolement diplomatique du Saint-Siège laissée par Pie IX et que Léon XIII s’acharne à combattre depuis son élévation au Pontificat en février 1878, dans un contexte particulièrement difficile, constitue peut-être un élément de réponse.
 
Les problèmes, en effet, ne manquent pas. Par exemple, en Italie où la « question romaine » liée au pouvoir temporel du Saint-Siège oppose le pape à l’Etat ; en France et en Allemagne où l’on assiste à des offensives de laïcisation1 et en Espagne justement où, malgré la restauration de la monarchie en 1876, face à l’opposition entre « Carlistes » et « Alphonsistes », Rome invite les Espagnols à l’unité avec l’encyclique Cum multa, en 18822 . Face à ces conflits, Léon XIII répond ces situations avec un grand talent diplomatique à l’égard des Etats tout en appelant au zèle, au dévouement et à l’élan des peuples catholiques. L’appel au pèlerinage vers Compostelle s’inscrit vraisemblablement dans cette politique de rassemblement qui encourage aux grands pèlerinages3.
 

1- C. Prudhomme, Stratégie missionnaire du Saint-Siège sous Léon XIII, 1878-1903, p.1.
2- M. Launay, La papauté à l’aube du XXe siècle, Léon XIII et Pïe IX, 1878-1914, p.50.
3- 
Ibid. p. 126.
 


Pour l’essentiel, le texte de Léon XIII (traduction de l’abbé Camille Daux)1, après avoir exalté le culte des reliques, retrace longuement l’histoire des restes sacrés de l’apôtre, leur fortune diverse à travers les âges et leur redécouverte par le cardinal archevêque de Compostelle en 1879. Il relate ensuite les étapes de la rigoureuse procédure qui l’ont conduit à approuver et à confirmer leur authenticité. Après un appel à la publication solennelle de cette reconnaissance, afin que le message soit connu partout, le pape invite les chrétiens à entreprendre de pieux pèlerinages au saint tombeau : 

« C’est pourquoi, Nous confions et ordonnons à Nos vénérables frères patriarches, archevêques, évêques et autres prélats de publier solennellement ces présentes Lettres, chacun dans province, diocèse et cité, de la meilleure manière qu’il jugera à propos, afin que cet événement très heureux soit partout connu et que tous les chrétiens le célèbrent avec un zèle et une piété plus grande, et qu’ils entreprennent les pieux pèlerinages à ce saint tombeau, comme nos ancêtres avaient coutume de le faire ».  

Il accorde enfin, lors de la célébration de la fête de saint Jacques, une indulgence plénière et la rémission de tous leurs péchés aux chrétiens qui, loin de Compostelle,

« dans les églises dédiées à saint Jacques ou désignées par l’Ordinaire, auront adressé à Dieu de ferventes prières par l’intercession de saint Jacques ». 

 

1- Publiée dans l'ouvrage Chemins de Compostelle et Patrimoine mondial, La Louve, 2009.


Les diocèses de France en 1884

En 1884, la France comptait 90 diocèses, en dehors de Strasbourg et Metz rattachés à Rome de 1870 à 1918. La recherche, menée sur les années 1884 et 1885 à partir des organes d’information religieuse des diocèses, le plus souvent hebdomadaires (La semaine religieuse) ou bimestriels, a porté sur soixante-dix-neuf diocèses.
Sont exclus les diocèses d’outre-mer (La Réunion, Martinique, Guadeloupe, Alger, Oran, Constantine) et quatre pour lesquels les informations manquent : Ajaccio, Maurienne et Tarentaise, Aire-et-Dax) ; d’autre part, il semble que les diocèses de Rodez et de Mende avaient une publication commune.

Réaction des évêques de France

Les réactions des évêques de France à la publication de Deus omnipotens
Les réactions des évêques de France à la publication de Deus omnipotens
L'étude systématique des publications diocésaines '(Semaines religieuses, ou publications équivalentes) a montré que la réaction des évêques de France à la Lettre de Léon XIII a été très inégale.
 
Sur les soixante dix-neuf diocèses étudiés, 
 
Dix-sept n’ont donné aucune suite à l’information de Rome :
    Onze n’en ont pas parlé : 
Dijon, Langres, Saint-Claude, Carcassonne, Perpignan, Limoges, Nancy-et-Toul, Soissons-et-Laon, Nice, Marseille, Valence. 
    Six ne disposaient pas encore d’un organe d’information régulier : 
Moulins, Quimper-et-Léon, Verdun, Cahors, Gap et Belley.

Trente-trois ont publié une information parfois succincte, par exemple : 

« A la date du 1er novembre 1884, Léon XIII a confirmé par des Lettres apostoliques le jugement porté par le cardinal archevêque de Compostelle sur l’identité des corps de saint Jacques-le-Majeur, des saints Athanase et Théodore, ses disciples. C’est un document précieux pour l’Espagne et une page nouvelle ajoutée à l’histoire de l’Eglise. »

Ce sont les diocèses de 
Bordeaux, Chartres, Besançon, Nîmes, Tulle, Saint-Dié, Toulouse, Auch, Tarbes, Alby, Montauban, Bayeux-et-Lisieux, Séez, Evreux, Rouen, Angers, Laval, Le Mans, Amiens, Angoulême, Digne, Aix, Grenoble et Chambéry,
Avec, parfois un développement un peu plus large : 
Le Puy-en-Velay, Sens-et-Auxerre, Saint-Brieuc-et-Tréguier, Tours, Blois, Châlons-sur-Marne, Versailles, Arras-Boulogne-et-Saint-Omer, Poitiers. 

Vingt-huit diocèses ont publié, soit le texte du pape, soit une lettre de l’évêque, soit les deux, accompagnées ou non d’une information, selon des modalités diverses : 
   Sept ont donné l’information et publié la Lettre : 
Agen, Montpellier, Pamiers, Coutances-et-Avranches, Beauvais-Noyon-et-Senlis, Fréjus-et-Toulon, Lyon. 
  Trois n’ont publié que la Lettre de Léon XIII  : 
Clermont-Ferrand, Rennes et Vannes.
  Quatre ont donné l’information et publié une lettre épiscopale  : 
Autun-Châlon-et-Macon, Reims, Cambrai et Viviers.
  Onze ont donné l’information, publié la Lettre et une lettre épiscopale : 
Saint-Flour, Nevers, Orléans, Paris, Meaux, Rodez-et-Mende, Nantes, La Rochelle-Saintes, Avignon, Annecy, Luçon.
  Un a publié la Lettre et une lettre épiscopale : 
Périgueux-et-Sarlat
  Deux ont publié une lettre épiscopale seule : 
Bayonne et Bourges.

 

Ces réactions sont-elles représentatives de la pratique religieuse des Français à cette époque ?

Une carte établie par Jacques Gadille, en 1877, à partir de données qualitatives relevées par les évêques et les préfets (assistance aux offices, pratiques de Pâques …) montre une « vitalité religieuse » plus importante dans l’ouest, le nord, le pays basque et le sud du Massif Central. A l’opposé, des zones en voie de déchristianisation apparaissent dans le Bassin parisien, les Charentes et le Centre ainsi que dans le bassin méditerranéen.
 
La comparaison, avec la carte faisant apparaître, en 1884 et 1885, les diocèses qui ont répondu à l’appel du pape par la publication de la Lettre Deus Omnipotens et/ou d’une lettre épiscopale confirme une réactivité plus importante dans l’ouest, qui se prolonge en Aquitaine, dans le Massif central, le Centre et le Nord  de la France avec un réveil  en Ile-de-France, peut être lié à la personnalité de Mgr Guibert, archevêque de Paris.
Carte établie par Jacques Gadille, en 1877
Carte établie par Jacques Gadille, en 1877

L’appel au pèlerinage

Il a été relayé par la publication du texte de Léon XIII mais essentiellement à partir des lettres épiscopales, dans lesquelles l’évêque s’adressait directement aux fidèles. Deux diocèses, celui de Nevers et de Rodez-et-Mendeappellent explicitement à reprendre le pèlerinage à Compostelle tout en fixant des dispositions annexes.
Le premier s’adresse directement aux fidèles : 

« et si l’occasion se présente pour vous d’entreprendre quelques-uns de ces pieux pèlerinages, en particulier celui de Compostelle que recommande le Saint Père, vous la saisirez avec empressement »

Le second passe par l’intermédiaire du clergé :

« MM. Les curés et aumôniers […] feront aussi connaître aux personnes qui en auraient les moyens et le loisir d’accomplir le pèlerinage de Compostelle qu’elles pourraient gagner ainsi un Jubilé, pourvu que leur pieux voyage ait lieu dans le cours de la présente année  »(juillet 1885).

Mais, le plus souvent, les évêques invitent à faire la visite prescrite par le pape dans les églises dédiées à saint Jacques, ou dans les églises paroissiales. Les visites dans les chapelles publiques (« nous entendons la chapelle principale des séminaires, collèges, pensionnats, hospices et de nos diverses communautés religieuses ») sont également admises. A Saint-Flour, l’évêque est plus précis :   

« Nous verrions avec plaisir que les paroisses voisines d’une église ou d’une chapelle dédiée à saint Jacques, s’y rendissent processionnellement en pèlerinage ; et les personnes qui feraient partie de ces pèlerinages pourraient, ce jour même, gagner l’indulgence plénière […] »
 

Les dispositions applicables au bénéfice de l’indulgence font également l’objet de dispositions particulières. La date est fonction de celle de la publication des lettres (fête de Noël ou tel dimanche de l’Avent pour 1884, fête de saint Jacques le plus souvent mais aussi fête de l’Assomption en 1885) …
Des évêques appellent à visiter les églises dédiées à saint Jacques :
Périgueux-Sarlat, Saint-Flour, Châlons, Meaux, Rodez-et-Mende, Cambrai, Luçon, La Rochelle-Saintes, Viviers,  
  -  ou les églises paroissiales :
Périgueux-Sarlat, Orléans, Cambrai, Luçon, La Rochelle-Saintes, Nevers. 
 A Châlons, l’église dédiée à saint Jacques ou une église quelconque,    
 A Nantes, l’une des églises ou chapelles publiques,

Parfois, l’évêque indique nommément les églises à visiter :
-  Celui de Paris appelle à une visite dans les trois églises du diocèse sous le patronage de saint Jacques le Majeur : La Villette (aujourd’hui dans le XIXe arrondissement, place de Joinville, sous le vocable Saint-Jacques et Saint-Christophe), le Grand Montrouge (église paroissiale de Montrouge) et Aubervilliers (depuis 1902 église Notre-Dame-des-Vertus). 
-   Le diocèse de Tours, qui n’a pas publié de lettre épiscopale se réfère néanmoins à celle de l’archevêque de Paris, auparavant évêque de Tours jusqu’en 1871. Il invite à visiter les églises dédiées à saint Jacques.
-   A Bayonne, s’il n’y a pas eu publication de lettre et si l’appel au pèlerinage à Compostelle n’a pas été relayé, pas plus que l’appel à un pèlerinage local, le diocèse a néanmoins publié la lettre épiscopale de l’archevêque de Paris !... précédée d’une note introductive, mais sans autre explication.
-   Dans le diocèse de Rodez-et-Mende, l’évêque invite à se rendre dans une église dédiée ou bien à effectuer le pèlerinage dans le lieu le plus voisin qui possèdera une église ou chapelle sous le vocable de saint Jacques ; si le chef-lieu était très éloigné, hors du district ecclésiastique, l’église paroissiale servirait d’église stationnale, 
-   A Reims, l’archevêque indique deux dates distinctes pour la visite et le gain de l’indulgence : le 26 juillet 1885, fête de saint Jacques dans l’église Saint-Jacques de Reims, et le 15 août suivant, fête de l’Assomption dans toutes les églises paroissiales du diocèse.
-   A Autun-Châlon- et-Mâcon, l’évêque désigne lui aussi les églises du diocèse dédiées à saint Jacques (Issy-l’Evêque, La Guiche, Milly, Crèches, Serrières, Saint-Romain-sous-Versigny) ou, à défaut, toutes les églises ou chapelles.  

Lorsque l’église possède une relique de l’apôtre

Lorsque l’église possède une relique de l’apôtre, l’évêque en tient compte et donne des directives plus précises :
            
 A Bourges, l’archevêque invite à la visite de l’église Saint-Bonnet, qui possède une relique de saint Jacques. Pour les paroisses ou communautés en dehors de la ville de Bourges, dit-il, la visite se fera dans les églises ou chapelles dédiées à saint Jacques ou dans les églises paroissiales.
 
 

Relique de saint Jacques le Mineur à Sallanches
Relique de saint Jacques le Mineur à Sallanches
 
A Annecy, l’évêque indique l’église paroissiale pour la visite prescrite.
Toutefois les fidèles des paroisses voisines de Sallanches (dont l’église Saint-Jacques possède une côte de saint Jacques) sont invités à y faire le pèlerinage pour « vénérer dans son église la relique qui y est conservée et entourée de tant de respect depuis plusieurs siècles.


Nota
Sallanches possède effectivement une relique mentionnée comme côte de saint Jacques le Mineur. Cet exemple montre bien que les deux apôtres sont confondus dans les dévotions des fidèles et même des évêques.

Les lettres épiscopales : quels enseignements ?

Elles présentent un grand intérêt car elles explicitent le texte pontifical, détaillent, pour les fidèles les dispositions particulières au diocèse et constituent un relais vers des manifestations de foi locales. Elles répondent, en outre, aux efforts de Léon XIII pour la mobilisation des catholiques. Elles expriment un reflet des préoccupations de l’époque et proposent, à partir de la redécouverte des reliques, l’alternative de la foi.

Il faut, en effet, évoquer le contexte politique  marqué par l’installation, encore récente, de la IIIe République en France, par l’instauration d’un programme de politique républicaine lié aux lois Ferry et par l’anticléricalisme qui fut un des phénomènes majeurs du moment.  C’est en 1880 qu’eut lieu l’expulsion des Jésuites et des Congrégations, en 1882 que fut votée la loi scolaire interdisant l’enseignement religieux dans les écoles primaires, en 1884 la loi sur le divorce…

Ces bouleversements sont souvent présents dans les Mandements des évêques et la presse religieuse en rend compte très largement :

« Le Saint Père, pour appeler sur l’Eglise, de plus en plus opprimée par la Révolution la protection de l’apôtre saint Jacques, a voulu que l’heureuse invention de ses restes sacrés fût célébrée par des grâces spirituelles dont tous les fidèles du monde catholique seraient invités à profiter…  » (Périgueux-Sarlat), 
« Ce n’est jamais sans un dessein providentiel que ces précieux trésors enfouis dans l’obscurité reparaissent à la lumière…  » (Nevers, Luçon),
« Nous nous unirons aux sentiments dans lesquels les catholiques d’Espagne… entourent d’honneurs et de vénération les reliques de saint Jacques […] Nous protesterons ainsi contre les dégradantes doctrines qui ravalent au rang de la bête, sans conscience et sans personnalité, l’homme créé à l’image de Dieu… » (Autun-Châlon-Mâcon),
« Au milieu des luttes douloureuses que nous traversons […] en présence d’un pareil travail de décomposition intellectuelle et morale, n’est-il pas utile, n’est-il pas urgent de protester et de réagir au nom de la religion outragée, au nom de la dignité humaine oubliée, au nom de la famille et de la société, également menacées…  » (Nantes). 
« Combattre, sans exception comme sans crainte, les erreurs publiques, c’est rendre à la civilisation le plus signalé des services. Lorsqu’il voit (le Saint Père) monter le torrent de l’impiété, lorsqu’il le voit prêt à engloutir les consciences humaines, sa parole se fait entendre pour raffermir les âmes ébranlées… » (La Rochelle-Saintes).


Léon XIII, a-t-il contribué à relancer, en France, le pèlerinage de Compostelle ?

A défaut d’éléments statistiques sur les pèlerins français à Compostelle dans les années qui suivirent, le texte de Léon XIII a eu le grand mérite de remettre le pèlerinage de Compostelle et le culte de saint Jacques sur le devant de la scène.

En France, le terrain n’était pas tout à fait vierge.
Par exemple, dès 1862 l’évêque de Chartres offrait à l’église Saint-Jacques de Montlandon une relique de saint Jacques en même temps qu’une reproduction en cire du corps de saint Jacques. Son but explicite est de relancer un pèlerinage local :

« Sans doute ce serait une entreprise chimérique que de prétendre rétablir le mouvement d’autrefois vers l’Espagne ! […] Si nous ne pouvons plus aller à Compostelle, qui nous empêche d’attirer Compostelle parmi nous, pour y relever le culte du grand apôtre ?  ».

 
Le « saint voyage » à Compostelle relancé par le pape Léon XIII. Les réactions dans les diocèses de France







Autre exemple : peu de temps avant la redécouverte de Compostelle, en 1875, l’évêque de Quimper authentifiait une relique du sang de saint Jacques conservée à Locquirec, celle qui est encore honorée aujourd’hui.

En parallèle on assiste à cette époque, en France, à une relance des pèlerinages locaux qui s’inscrivent, d’ailleurs, dans le grand mouvement de réveil catholique qui, entre 1880 et 1890, a tenté d’apporter une réponse à l’entreprise de laïcisation de la société. 

« Dans de nombreuses paroisses, des prêtres, aiguillonnés par le combat laïque, sortent des églises, se transforment en ‘ hommes d’œuvres’ et s’engagent dans l’organisation de cercles d’études, l’encadrement de groupes de jeunes, d’associations sportives … ».

De plus, depuis 1870 et grâce au chemin de fer, les pèlerinages mobilisent les foules à La Salette, Lourdes ou le Mont-Saint-Michel…

L’organe des pèlerinages : Le Pèlerin créé en 1873, n’accorde pourtant, en 1884, qu’une information succinte (et en quels termes !) à la redécouverte des reliques de saint Jacques : 

« Ce n’est guère le moment de parler de pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle puisque les Espagnols nous ferment leurs frontières avec un soin féroce. Néanmoins, nous voulons publier un document important de la Cour de Rome … » 

Suit une information très courte sur le texte de Léon XIII.
 
 

En France, on peut penser que le message du Pape a eu deux conséquences favorables pour l’Eglise :
- la première en lui fournissant l’opportunité, à une époque où elle se trouvait bien malmenée, d’appeler à l’affirmation de la foi et à l’unité de l’Eglise :
« Dans une famille bien ordonnée, les joies sont communes ainsi que les épreuves  » souligne l’évêque de Viviers en 1885.
 - la seconde, dans la personnalité affirmée de Léon XIII pour qui la diplomatie était

​« une maîtresse science, l’art suprême » et qui eut, dès le début de son pontificat (1878) le désir de réconcilier l’Eglise avec les Etats, et selon l’un de ses biographes, le R .P. Lecanuet, de « persuader les chefs des peuples que le Saint-Siège peut leur concilier l’affection des multitudes […] concourir avec eux à l’apaisement des passions révolutionnaires qui menacent les Etats, monarchiques ou non … ».


C’est ainsi que Léon XIII s’employa particulièrement à consolider la société chrétienne en invitant les catholiques à prendre en compte les changements politiques. Cette attitude en faveur du « Ralliement » aboutira ensuite, en 1891, à la publication de l’Encyclique Rerum novarum, qui demeure l’un des textes majeurs de son pontificat. 

Bibliographie

  • Daux (Camille), Sur les chemins de Compostelle, Tours, 1909, A.   Mame et fils, 317 p.
  • Démier (Francis), La France du XIXe siècle, 1814-1914, Paris, Editions du Seuil, 2000, (Points-Histoire), 602 p.
  • Gadille (Jacques), La pensée et l’action politiques des évêques français au début de la IIIe République, 1870-1883, Paris, Editions Hachette, 1967, 2 vol., 352-336 p.
  • Joly (Abbé), Notice historique sur saint Jacques le Majeur, son origine, sa vocation, son apostolat, sa mort, sa translation et ses miracles suivie de quelques réflexions sur la fondation d’un pèlerinage à Montlandon, Chartres, 1862, 28 p.
  • Launay (Marcel), La papauté à l’aube du XXe siècle, Léon XIII et Pie IX, 1878-1914, Paris, Editions du Cerf, 1997, 347 p.
  • Lecanuet, (le RP, Les premières années du pontificat de Léon XIII, 1878-1894, Paris, Lib. Félix Alcan, 1931.
  • Prudhomme (Claude), Stratégie missionnaire du Saint-Siège sous Léon XIII, 1878-1903,  Ecole Française de Rome, Collection de l’Ecole Française de Rome, 1994, 621 p.
  • « Œuvres pastorales de Mgr. Isoard, évêque d’Annecy », Académie Salésienne, Annecy, vol. 1884-1890. 

Périodiques
  • Le Pèlerin, Paris, Edition de la bonne presse, depuis 1873,
  • Semaines religieuses des diocèses ; Annales religieuses et littéraires de la ville et du diocèse d’Orléans ; Bulletin catholique du diocèse de Montauban ; Bulletin du diocèse de Reims ; Bulletin religieux du diocèse de La Rochelle-Saintes ; Etudes historiques et religieuses du diocèse de Bayonne ; La semaine catholique de Toulouse ; La semaine catholique du diocèse de Luçon ; La semaine du fidèle –diocèse du Mans- ; La semaine religieuse de la ville et du diocèse de Nîmes ; La semaine religieuse de la ville et  du diocèse de Tours ; Le dimanche -diocèse d’Amiens- ; Revue religieuse de Rodez et de Mende ; Revue catholique du diocèse de Tarbes ;  La voix de Notre-Dame de Chartres.