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 <title>Institut recherche jacquaire (IRJ)</title>
 <subtitle><![CDATA[L'histoire et des légendes de saint Jacques, Charlemagne et Compostelle revisités. Mieux comprendre Compostelle, l'Itinéraire culturel du Conseil de l'Europe et le Patrimoine mondial. Informer les pèlerins, les touristes, les responsables politiques et administratifs. Interpréter et sauvegarder le patrimoine Saint-Jacques.]]></subtitle>
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 <updated>2026-09-10T22:06:18+02:00</updated>
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   <title>Pour marcher les yeux ouverts</title>
   <updated>2023-04-12T15:03:00+02:00</updated>
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   <category term="OPINIONS" />
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   <published>2014-12-12T12:46:00+01:00</published>
   <author><name>IRJ</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
La thèse de doctorat d'histoire de Denise Péricard-Méa et les travaux de Bernard Gicquel, en particulier sa traduction intégrale du Codex calixtinus sont les fondements des publications de la Fondation. Sur leur base, les recherches ont été poursuivies jusqu'à l'époque contemporaine. Elles ont été confortées et enrichies par l'apport d'Ofelia Rey-Castelao, professeur à l'université de Santiago. Elles ont bénéficié des concours des chercheurs bénévoles et des étudiants qui ont travaillé avec la Fondation depuis sa création en 2002 sous l'égide de l'Institut Européen des Itinéraires Culturels. Cet article présente les principaux ouvrages publiés par Denise Péricard-Méa.     <div><b>La vision du XIXe</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/7262303-11160577.jpg?v=1418388603" alt="Pour marcher les yeux ouverts" title="Pour marcher les yeux ouverts" />
     </div>
     <div>
      <strong>Ce livre fait rêver.</strong> Il date de la fin du XIXe siècle qui a découvert Compostelle et le tombeau de saint Jacques et inventé le Guide du pèlerin et les chemins de Compostelle.&nbsp;  <div style="text-align: justify;">L'auteur ne dit pas s'il est allé à Compostelle mais son récit est celui d’un pèlerin, fut-il en « wagon capitonné ». Il a connu à Moissac un de ces pèlerins au chapeau encoquillé, avec cape et bourdon, promenant dans les processions des parfums de piété, d’aventure, de dangers et de dévotions. Il s’attache à faire revivre ces témoins d’un autre âge. Il s’émerveille et fait partager son enthousiasme. Paru en 1898 et réédité pour l’année jubilaire 1909, cet ouvrage témoigne de l'esprit d'une époque dont les idées sont dépassées.</div>  Camille Daux, grand érudit, historien du diocèse de Montauban, a publié plusieurs ouvrages sur Compostelle et les chants de pèlerins. <br />   <br />  &nbsp;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Récits de pèlerins</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Les récits de voyages à Compostelle apportent des informations de première main. Elles remplacent avantageusement l'imaginaire hérité des érudits qui, au XIXe siècle, ont découvert le dernier Livre du <em>Codex calixtinus </em>et en ont tiré des conclusions hâtives qui polluent encore l'histoire de Compostelle<em>.</em> Les véritables aventures des voyageurs de jadis donnent la juste mesure de l'aventure du pèlerinage contemporain.</div>    <div style="text-align: justify;">Elles montrent des hommes de chair et d'os et non les multitudes imaginaires de pieux pèlerins médiévaux. Ils voyagent dans les mêmes conditions que les hommes de leur temps, grande différence avec les pèlerinages contemporains.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/7262303-11160666.jpg?v=1418387083" alt="Pour marcher les yeux ouverts" title="Pour marcher les yeux ouverts" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Le 25 novembre 1465, Léon de Rozmital, seigneur tchèque, part de Prague en grand équipage pour un long voyage à travers l’Europe. Il se définit comme un pèlerin qui “voulait rendre visite à tous les royaumes chrétiens mais aussi à toutes les principautés ecclésiastiques et civiles en terres germaniques et romanes et voulait tout particulièrement se rendre au Saint-Sépulcre et au tombeau du bien-aimé apôtre Jacques … de telle sorte qu’il puisse tirer au mieux profit et avantage pour sa propre vie”. Ce projet se double du désir de “s’exercer dans l’art militaire” et “d’étudier les usages des différents pays”. Dans la ligne des ambassades du roi Georges, il s'agit aussi d'un voyage diplomatique.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/7262303-11160808.jpg?v=1418411961" alt="Pour marcher les yeux ouverts" title="Pour marcher les yeux ouverts" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">1494, la peste sévit à Nuremberg. Bien que médecin, Jérôme Münzer quitte la ville. Il entreprend un long voyage dont le récit est passionnant. En Suisse, il rencontre le pape, alors à Genève. Il traverse la France, puis parcourt l’Espagne et le Portugal. Témoin privilégié de la situation deux ans après la Reconquête, il donne de Grenade une description sans précédent. Sous couvert de voyage " touristique ", il est en mission diplomatique pour l’empereur Maximilien. Il rencontre les Rois Catholiques. Humaniste du XVe siècle, Münzer étonne souvent le lecteur contemporain. Ses précieuses informations sur l'Espagne du XVe siècle complèteront utilement les guides touristiques.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/7262303-11170458.jpg?v=1418624546" alt="Pour marcher les yeux ouverts" title="Pour marcher les yeux ouverts" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Ce récit d'un pèlerinage à Rome, Jérusalem et Compostelle est un vrai livre d'aventures. L'escapade au Jourdain était périlleuse. La flotte turque a menacé la galée des pèlerins. Le retour de Compostelle en hiver dans les inondations est à peine imaginable.</div>    <div style="text-align: justify;">Marchand de drap à Valenciennes, l'auteur a un&nbsp;sens de l'observation aiguisé et un esprit très fin qui l'aident à sortir des situations les plus délicates.</div>    <div style="text-align: justify;">L'adaptation du langage de l'auteur faite par Denise Péricard-Méa rend ce récit de " son ami Jean de Tournai " particulièrement attachant.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/7262303-11162683.jpg?v=1418412479" alt="Pour marcher les yeux ouverts" title="Pour marcher les yeux ouverts" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Ces neuf voyageurs des XVe et XVIe siècles ont en commun d’être allés à Compostelle et d’en avoir laissé un récit. Ils sont religieux, nobles ou militaires, et chacun révèle des intérêts, des inquiétudes et des objectifs particuliers. Ce livre ne cherche pas à établir à partir d’eux un portrait du pèlerin-type. Il a pour but de faire partager leur expérience.</div>    <div style="text-align: justify;">Il intéressera bien sûr les pèlerins d’aujourd’hui, qui souhaitent “ mettre leurs pas ” dans ceux de leurs lointains prédécesseurs, le plus souvent sans les connaître.</div>    <div style="text-align: justify;">Au-delà du monde pèlerin, <strong>tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et aux mentalités feront leur profit de cet ouvrage</strong>. Outre le récit du pèlerinage, les narrations de ces voyageurs ont l’immense intérêt d’être un remarquable fond historique montrant la situation politique de l’Europe à l'époque de ces pèlerinages.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/7262303-11163122.jpg?v=1418424971" alt="Pour marcher les yeux ouverts" title="Pour marcher les yeux ouverts" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">1963,&nbsp; 4 cavaliers emboîtent le pas d’Henri Roque pour rejoindre à cheval Saint-Jacques de Compostelle. Accompagnés depuis le Somport par 4 officiers espagnols, ils atteignent leur but le 28 juin 1963. Partis pour promouvoir le tourisme équestre, ils se trouvent engagés dans le développement du pèlerinage à Compostelle en réponse au souhait de Franco.</div>    <div style="text-align: center;">Un livre unique par ses multiples aspects.</div>   <br />  &nbsp;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Deux sujets politiques</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">La thèse de Denise Péricard-Méa avait déjà souligné la dimension politique de Compostelle. Deux ouvrages l'ont explorée de façon plus approfondie et présentent une grande originalité. Facilement accessibles ils s'adressent à un large public intéressé par l'histoire.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/7262303-11162735.jpg?v=1418413655" alt="Pour marcher les yeux ouverts" title="Pour marcher les yeux ouverts" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">L'inscription des chemins de Compostelle au Patrimoine mondial fait l'objet d'une large publicité. Grâce à elle des marcheurs du monde entier parcourent ces chemins contemporains. Mais obtenue par un subterfuge, elle repose sur des bases fragiles. La connaissance des cultes à saint Jacques et du patrimoine permet à la Fondation d'avancer des propositions.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/7262303-11162695.jpg?v=1418412752" alt="Pour marcher les yeux ouverts" title="Pour marcher les yeux ouverts" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">En Espagne, au début du XIIe siècle, l'apôtre pêcheur se transforme en chevalier venant au secours des armées chrétiennes. Il apparaît dans le ciel, monté sur un cheval blanc, armé d’une épée et déployant un grand étendard. La chronique espagnole du XIe siècle <em>Historia Silense</em> place sa première apparition&nbsp; lors de la bataille de Clavijo près de Logrono. Des images de ce cavalier apparaissent, comme, en 1175, dans la donation d'Uclès. Mais aucun qualificatif n'est&nbsp; donné à saint Jacques. De nos jours, saint Jacques combattant est dit " Matamore ". Denise Péricard-Méa a&nbsp; étudié l'origine du mot matamore. Elle dévoile qui l'a utilisé le premier pour qualifier saint Jacques. Fait&nbsp; surprenant, les lecteurs découvriront que les Sarrasins n’ont pas été les premières victimes de l’épée de saint Jacques.</div>   <br />  &nbsp;
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le livre du 1200e anniversaire</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/7262303-11170492.jpg?v=1418625834" alt="Pour marcher les yeux ouverts" title="Pour marcher les yeux ouverts" />
     </div>
     <div>
      Denise Péricard-Méa a été choisie par le ministère de la Culture pour présenter le 1200e anniversaire de la découverte du tombeau de saint jacques commémoré en 2013. <br />  Ce choix rend hommage à l'ensemble de ses travaux qui ont reçu ainsi une consécration officielle. <br />  Accessible à tous, le livre édité à cette occasion est une excellente synthèse des connaissances actuelles sur le pèlerinage à Compostelle.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Panorama de tous les livres de Denise Péricard-Méa</b></div>
     <div>
      Tous les livres publiés par Denise Péricard-Méa se trouvent sur Amazon. Certains peuvent y être feuilletés. <br />  La Fondation met à votre disposition une boutique qui les présente et vous permet de mieux les connaître avant de faire votre choix. <br />  <a class="link" href="http://astore.amazon.fr/sainjacqetcom-21" target="_blank">Accès à la boutique</a> 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
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   <title>Compostelle 813-2013</title>
   <updated>2024-02-01T19:07:00+01:00</updated>
   <id>https://www.institut-irj.fr/Compostelle-813-2013_a150.html</id>
   <category term="OPINIONS" />
   <photo:imgsrc>https://www.institut-irj.fr/photo/art/imagette/4144875-6292672.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2012-06-27T11:13:00+02:00</published>
   <author><name>Denise Péricard-Méa</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
La légende de Charlemagne, racontée par la Chronique de Turpin, a longtemps été considérée comme véridique et a fait partie des Grandes Chroniques de France. Grâce à elle Compostelle a été connue dans toutes les cours d’Europe. Elle a surtout encouragé la mobilisation des chevaliers francs pour la Reconquista. L’histoire de Charlemagne permet de définir 813 comme date symbolique de la découverte en Galice du tombeau qui est à l’origine du pèlerinage de Compostelle. En 2013, Charlemagne et Compostelle se trouveront réunis par le 1200e anniversaire de cette date symbolique, retenue sur la liste des Commémorations nationales, occasion de prendre la mesure de la dimension politique de Compostelle.     <div><b>Des célébrations devenues commémorations</b></div>
     <div>
      La proposition, faite en 2011, de célébrer Céline, écrivain célèbre mais&nbsp; antisémite, a soulevé un tollé de protestations. Elle a aussi appelé l'attention sur les Célébrations nationales. Que sont donc ces Célébrations, devenues en 2012 Commémorations nationales ? <br />  Elles ont été instituées en 1974 par Maurice Druon, ministre de la Culture. Leur objectif était de marquer chaque année des événements importants de l’histoire nationale propres à éclairer la réflexion contemporaine. Au fil des années, les anniversaires retenus ont dépassé le cadre national pour s’ouvrir à des événements étrangers ou antérieurs à l’histoire nationale au sens strict. Tous sont significatifs, chargés de valeurs exemplaires ou témoins de situations dont la célébration serait déplacée mais dont la commémoration s’impose. Les Célébrations sont donc depuis 2012 des Commémorations. Ainsi en a-t-il été cette année, de l’anniversaire des accords d’Evian. <br />  Depuis 1998, un Haut comité, composé de personnalités éminentes conseille le ministre de la Culture dans la définition des objectifs et des orientations de la politique dans ce domaine. Il lui propose chaque année une liste des anniversaires susceptibles d’être inscrits au titre des célébrations nationales. <br />  En 2013 sera commémoré le 1200e anniversaire de la découverte du tombeau de saint Jacques à Compostelle. Voir ci-dessous le texte de la notice qui sera publiée dans le recueil des Commémorations 2013.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Commémorer Compostelle en 2013 ?</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/4144875-6292672.jpg?v=1335899233" alt="Compostelle 813-2013" title="Compostelle 813-2013" />
     </div>
     <div>
      Lorsque Denise Péricard-Méa, responsable scientifique de la Fondation, a été consultée sur l’inscription éventuelle de la découverte du tombeau de saint Jacques à Compostelle sur la liste des Commémorations de l’année 2013, sa première réaction a été ; <br />  -&nbsp;&nbsp; &nbsp;« Vous voulez rire ? » <br />  Mais non l’interlocuteur était sérieux. Il savait qu’une médiéviste, spécialiste de saint Jacques, ne pouvait qu’être réticente à l'énoncé de cette proposition.Iil voulait la rencontrer pour comprendre ses réserves et trouver des arguments lui permettant de proposer cette inscription au Haut comité. La première objection vient de l’histoire elle-même. Il n’y a pas de tombeau de saint Jacques à Compostelle mais un mémorial, comme l'a dit le pape Jean Paul II en 1982. Les pèlerins contemporains ont déjà trop tendance à croire à l'existence de ce tombeau, inutile de leur donner de nouveaux arguments. Les seules mentions historiques de saint Jacques sont celles de l’appel qu’il reçut de Jésus, avec son frère Jean, alors qu’il pêchait en Galilée et de son martyre à Jérusalem rapporté par les Actes des apôtres. Après sa résurrection, Jésus demande à ses apôtres d’aller porter la bonne Nouvelle « aux extrémités de la terre » . Par qui l’Espagne a-t-elle été évangélisée ? Rien ne le dit de façon certaine. Mais, en Espagne, à partir du VIIe siècle des textes l’attribuent à Jacques le Majeur. Au-delà, aucun document digne de foi, des « histoires de nourrices » dit l’archevêque de Tolède en 1215, dans une controverse avec celui de Compostelle à l'occasion du 4e concile de Latran
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Pourquoi retenir 813 ?</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/4144875-6292673.jpg?v=1335857800" alt="Compostelle 813-2013" title="Compostelle 813-2013" />
     </div>
     <div>
      Mais les légendes font aussi partie de l’histoire et celles de Compostelle sont liées à l’histoire de France. Voila un argument qui méritait d’être retenu. Mais alors, s’il n’y a que légende, pourquoi 813&nbsp;? La réponse est simple&nbsp;: parce que Charlemagne est mort en 814, ce que les Chroniques rapportent de façon certaine. «&nbsp;Et alors&nbsp;?&nbsp;» pensez-vous sans doute. La réponse à cette interrogation est donnée par la <em>Chronique de Turpin</em> qui a fait partie des <em>Grandes Chroniques de France,</em> donc de notre histoire officielle, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, époque à laquelle elle fut reconnue comme légendaire. Et où trouve-t-on l’écrit de ce Turpin&nbsp;? Dans le <em>Codex calixtinus</em>, manuscrit du XIIe siècle conservé jusqu'à son vol en 2011 dans la bibliothèque de la cathédrale de Compostelle et dans plus de 200 manuscrits antérieurs. On y apprend que Charlemagne, appelé par saint Jacques, est venu délivrer son tombeau tombé aux mains des Sarrasins. La découverte d'un tombeau ne peut donc être postérieure à 813. Date symbolique, mais plausible par ailleurs, qui la rattache à notre histoire. <br />  L'année 2013 pouvait donc commémorer le 1200e anniversaire de la découverte d'un tombeau à Compostelle, sachant qu'il s'agit d'une légende qui, depuis 12 siècles, a influencé l'histoire de l'Europe. <br />   <br />  <a class="link" href="http://www.archivesdefrance.culture.gouv.fr/action-culturelle/celebrations-nationales/recueil-2012/premiere-liste-d-anniversaires-pour-2013/" target="_blank">Voir site du ministère de la Culture</a> 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>La dimension politique de Compostelle</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/4144875-6292675.jpg?v=1335854745" alt="Compostelle 813-2013" title="Compostelle 813-2013" />
     </div>
     <div>
      Commémorer cet anniversaire symbolique, c'est mettre l'accent sur la dimension politique de l'histoire de Compostelle plus que sur sa dimension religieuse. C'est reconnaître le rôle de Compostelle comme foyer spirituel de la Reconquista. <br />  La première bataille, opposant le royaume chrétien des Asturies aux musulmans Ommeyades, fut Covadonga en 722. Mais la légende qui a durablement marqué les esprits est celle de la bataille de Clavijo en 844. C'est dans la plaine de Clavijo, au pied de l'imposante forteresse, que saint Jacques serait apparu aux côtés des troupes chrétiennes. Alors qu'à Covadonga les chrétiens avaient invoqué la Vierge, c'est avec l'aide de saint Jacques qu'ils sont victorieux à Clavijo. C'est là que nait la figure du Matamore, exploitée à partir du XVe siècle à la gloire de l'Ordre de Santiago qui n'a plus alors de raison d'être en dehors de commémorer des hauts faits réels ou imaginaires.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une publicité réussie</b></div>
     <div>
      Deux utilisations politiques contemporaines du sanctuaire ont donné à Compostelle une renommée mondiale. <br />  La première est due à Franco, le Galicien, qui a trasformé le <em>Matamoros</em> en <em>Matarojos </em>dans sa lutte contre les Républicains et favorisé la recherche sur Compostelle pour en promouvoir la fréquentation. <br />  La seconde est celle du Conseil de l'Europe qui, en 1987, a fait des chemins de Compostelle le premier Itinéraire Culturel Européen, ouvrant la voie à leur inscription injustifiée sur la liste du Patrimoine mondial. <br />  2013 célébrera donc les 1200 ans d'une découverte symbolique qui a donné lieu à une campagne publicitaire séculaire particulièrement réussie.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Compostelle répond à un besoin de société</b></div>
     <div>
      Quelles que soient les raisons qui ont fait connaître Compostelle dans le dernier quart du XXe siècle, ce pèlerinage répond à un besoin de la société contemporaine. Le nombre croissant de ceux qui s'y pressent en est la preuve. La plupart sont ignorants de l'histoire qui les a conduits sur ces chemins mythiques et ne cherchent pas à la connaître, se contentant du discours convenu de leurs associations inlassablement reproduit par les médias, en particulier la presse catholique qui se croit sans doute gardienne d'une fausse tradition de l'Eglise.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un autre anniversaire en 2013</b></div>
     <div>
      2013 marquera aussi le 50e anniversaire de la première chevauchée vers Compostelle à laquelle participa René de La Coste-Messelière, alors secrétaire de la société des amis de Saint-Jacques et plus tard promoteur des chemins auprès du Conseil de l'Europe. <br />  Personne n’a jamais évalué les conséquences de cette chevauchée de 1963. Les recherches en cours à la Fondation nous permettront de les préciser dans un prochain article.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <link rel="alternate" href="https://www.institut-irj.fr/Compostelle-813-2013_a150.html" />
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   <title>La carte des voyages de Diego Gelmirez</title>
   <updated>2024-02-01T19:31:00+01:00</updated>
   <id>https://www.institut-irj.fr/La-carte-des-voyages-de-Diego-Gelmirez_a94.html</id>
   <category term="HISTOIRE  ET LÉGENDES" />
   <photo:imgsrc>https://www.institut-irj.fr/photo/art/imagette/2173053-3028615.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2010-06-17T20:53:00+02:00</published>
   <author><name>Bernard Gicquel</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Le volume Compostelle et l'Europe, L'histoire de Diego Gelmirez qui accompagne l'exposition du même nom organisée à l'occasion de l'année jubilaire 2010 par les autorités galiciennes, propose une carte dite : « Cartographie des voyages de Gelmirez ». Cette carte n'est accompagnée d'aucune légende. C'est là un premier sujet d'étonnement, car un document de ce genre indique normalement comment les divers signes qu'il comporte doivent être lus. Cette carte est seulement commentée dans le texte même, sous la plume du commissaire de l'exposition et donc responsable principal du projet. Ce commentaire est loin d'en lever toutes les ambiguïtés. Elles concernent plusieurs aspects : le fond de carte, les itinéraires en général, tels qu'on peut les supputer faute d'indications plus précises, enfin les itinéraires spécifiques attribués à Diego Gelmirez.     <div><b>Le fond de carte</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/2173053-3028615.jpg?v=1289579631" alt="La carte des voyages de Diego Gelmirez" title="La carte des voyages de Diego Gelmirez" />
     </div>
     <div>
      Il est assez curieux en ce sens qu'il présente à la fois un caractère archaïque et moderne. Un caractère archaïque par son dessin qui ne correspond pas aux proportions, que tout lecteur a bien en tête, de la France d'aujourd'hui mais semble inspiré par une carte de l'Europe telle qu'elle a pu être dans la nuit des temps. En effet quelques-uns des fleuves y sont représentés par des estuaires très volumineux, alors que d'autres, le Rhône ou la Garonne, n'y figurent même pas. Une question se pose naturellement, mais on ne sait comment y répondre : à quel siècle ce tracé est-il censé correspondre ? En principe, puisque l'essentiel concerne les voyages de Gelmirez, il devrait s'agit d'une carte de l'Europe, telle qu'elle se présentait dans les cinq premières années du douzième siècle. Mais en réalité, elle donne plutôt l'impression d'une rétro-projection fantasmatique et floue qui amalgame des données de provenances très diverses. <br />   <br />  Un certain nombre d'indications géographiques y sont portées, en particulier des noms de provinces en français moderne, que l'on ne savait pas exister déjà sous cette forme. Ils sont de plus disposés parfois fort étrangement : les noms de l'Alsace (au lieu d<span style="font-style: italic;">'Alsatia</span>) et de la Lorraine (au lieu de <span style="font-style: italic;">Lotharingia</span>) sont situés sur la rive droite du long estuaire que l'on devine figurer le Rhin, alors que la rive gauche de celui-ci, jusqu'à la mer du Nord, est occupée par un vaste espace vide appelé Champagne. Vus à partir de Compostelle, les confins de l'Europe géographique se trouvent donc étrangement déformés, comme si une perspective rigoureuse de géographie historique avait été délaissée au profit d'un je ne sais quoi. <br />   <br />  En plus forts caractères, mais en latin cette fois, sont marquées les dénominations des chemins dits habituellement de pèlerinage : <span style="font-style: italic;">Via Tolosana, Via Podiensis, Via Turonensis</span> . La <span style="font-style: italic;">Via Lemovicensis</span>, désignée comme toutes les autres en fonction d'une ville, y reçoit une fausse dénomination de <span style="font-style: italic;">Via Lemosina</span>, en fonction d'une province. Ces dénominations latines sont ici anachroniques, car aucun des quatre chemins distingués par le <span style="font-style: italic;">Guide du Pèlerinage</span> du <span style="font-style: italic;">Livre de saint Jacques</span> ne comporte à l'origine l'une ou l'autre de ces désignations. Les chemins y sont seulement distingués par les listes des villes qu'ils traversent et ne portent donc pas de nom médiéval. Ils ont été baptisés par la science de la fin du dix-neuvième siècle, après l'édition du <span style="font-style: italic;">Guide</span> en 1882. Ces quatre chemins ont au moins le mérite d'être eux-mêmes, à défaut de leurs noms, attestés par le <span style="font-style: italic;">Guide</span>, tandis que la <span style="font-style: italic;">Via Francigena</span> italienne n'y figure même pas par le biais de ses stations. Quant au <span style="font-style: italic;">Camino de Santiago</span>, titré en rouge, il semble d'invention plus récente encore, puisque les textes anciens l'appelaient communément <span style="font-style: italic;">camino francés</span>. <br />   <br />  Cette cartographie des voyages de Diego Gelmirez est donc tant au point de vue de la langue que de la documentation tout autre chose qu'un document historique fiable ou qu'un schéma scientifique acceptable. C'est un amalgame d'informations d'origines et de dates différentes. Il révèle en quoi le sous-titre de l'ouvrage, L'<span style="font-style: italic;">histoire de Diego Gelmirez </span>est fallacieux, car on n'y trouve justement pas le souci de cette <span style="font-style: italic;">discretio temporum</span> qui est le propre de l'histoire. L'amalgame des époques n'est pas le fait de la science historique mais celui de la publicité.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Les chemins de pèlerinage et le tracé marron</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/2173053-3028618.jpg?v=1289579631" alt="La carte des voyages de Diego Gelmirez" title="La carte des voyages de Diego Gelmirez" />
     </div>
     <div>
      Sur ce fond de carte, qui suscite à lui seul une certaine impression de malaise, divers chemins sont représentés en couleurs différentes que chaque observateur doit interpréter selon sa sagacité personnelle et par élimination des affectations improbables. Les tracés marron semblent marquer les chemins français et italiens de Saint-Jacques. A vrai dire le tracé de ces chemins ne concorde même pas avec celui que l'on suppute communément sur la base du <span style="font-style: italic;">Guide du Pèlerinage</span>. Celui-ci ne connaît pas de lien entre Orléans et Paris, ni entre Tours et Paris par Les Guérets (Saint-Jacques-des-Guérets), Châteaudun et Chartres. Il ignore aussi le double embranchement entre Argenton et Vézelay, soit par Châteauroux et Bourges, soit par La Châtre, Saint-Amand et Nevers. Lorsque la carte concerne des régions méridionales évoquées expressément par le <span style="font-style: italic;">Guide</span> ses indications ne sont pas plus conformes. On voit ainsi apparaître un tracé entre Ostabat et Moissac qui relève Aire et Condom inconnus du <span style="font-style: italic;">Guide</span>, tout comme Saint-Sever et La Réole entre Ostabat et Périgueux, ou Pouillon entre Dax et Saint-Jean de Sorde. De toute manière, ces précisions ne constituent qu'un remplissage indifférent, car elles ne concernent certainement pas Gelmirez. <br />   <br />  Ces chemins dits de pèlerinage, qu'étaient-ils en ce début du XIIe siècle ? On est bien en peine de le savoir, et ce d'abord pour une raison de date. La référence au <span style="font-style: italic;">Guide du Pèlerinage</span>, dernière partie du <span style="font-style: italic;">Codex Calixtinus</span> généralement daté de 1160 et dont Gelmirez ne peut avoir suscité l'écriture vingt ans après sa mort, ne garantit nullement leur existence un demi-siècle plus tôt. Même si l'on estime, comme il convient, qu'une version brève du <span style="font-style: italic;">Guide</span> a pu être rédigée sans doute vers 1137, donc encore du vivant de Gelmirez, cela ne fait que déplacer le problème de quelques décennies. Surtout la manière dont on lit ce <span style="font-style: italic;">Guide</span> comme toute autre production du même genre littéraire ne doit pas faire illusion. Contrairement à une lecture fréquente, le guide ne prescrit rien, et il faut même ajouter qu'il ne décrit rien des prétendus chemins. Il en indique seulement la possibilité en marquant les principales stations, les hauts-lieux de grâce par lesquels ils passent. Ces stations sont des occasions diverses de méditer sur la sainteté qui s'esquissent à partir des tombeaux que les pèlerins ne sauraient manquer de visiter et où ils trouveront, en plus des fêtes votives dont la date est toujours soigneusement indiquée, des sources d'émotions esthétiques qui soutiendront leur enthousiasme et leur piété. On ne doit pas s'étonner de ne pas trouver d'indications matérielles sur les chemins français (elles sont réservées à l'Espagne). L'essentiel est le culte à rendre aux reliques qui parsèment l'itinéraire, quel qu'il soit.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le tracé jaune ou le premier voyage à Rome de Diego Gelmirez</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/2173053-3028623.jpg?v=1289579632" alt="La carte des voyages de Diego Gelmirez" title="La carte des voyages de Diego Gelmirez" />
     </div>
     <div>
      Sans doute le tracé jaune représente-t-il le voyage de Gelmirez à Rome en 1100. L'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana</span> qui l'évoque en une seule ligne pour dire : <span style="font-style: italic;">orationis gratia limina beati Petri adiuerat</span>, dissimule la vérité concrète sous une formule topique, en prétendant que le prélat est allé à Rome en pèlerinage alors qu’il y est allé seulement pour recevoir un ordre mineur, le sous-diaconat, minimum requis pour recevoir ensuite, dans la foulée, l'ordre majeur qu'est l'épiscopat. Mais elle ne fournit aucune information supplémentaire. Elle n'indique pas s'il y est allé par mer ou par voie de terre, ni en combinant les deux moyens. Cela n'empêche pas la carte de dénoter, donc sans aucun fondement, un transport terrestre détaillé par une vingtaine de localités espagnoles plus une douzaine de localités françaises jusqu'à Marseille, où il est censé s'embarquer en direction de Gênes et de Pise, avant de poursuivre par Sienne, Sant Antimo Montalcino et Viterbe. Autant de précisions fallacieuses qui donnent l'illusion d'un savoir alors même que l'on ignore tout. Cette représentation imaginaire du premier voyage de Gelmirez à Rome mérite autant de créance que la navigation de saint Brendan vers les îles bienheureuses. <br />   <br />  Aucun exemple n'est fourni permettant de penser qu’il soit allé se recueillir sur l'une ou l'autre des reliques qui honorent la Ville Eternelle. Il se rend à Rome, alors que n'importe quel autre évêque pouvait l'ordonner sous-diacre, pour bien montrer que ce qui concerne l'église de Compostelle ne peut être décidé qu'à Rome. Le pape d'alors, Pascal II, avait été légat en Espagne avant son élection au pontificat et connaissait tant la situation calamiteuse de l'Eglise de Compostelle évoquée par le chapitre précédent de l’<span style="font-style: italic;">Historia compostellana</span> que la personnalité de l'impétrant à la fonction épiscopale. C'est bien une sorte de prédésignation à celle-ci que va signifier l'ordination relativement anodine comme sous-diacre.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le tracé bleu ou le second voyage à Rome de Diego Gelmirez</b></div>
     <div>
      Un chemin bleu qui va de Compostelle à Rome semble se rapporter au second voyage qu'accomplit Diego Gelmirez en 1105. L'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana</span> nous renseigne ici beaucoup mieux que précédemment. Elle rapporte, à juste titre, que Gelmirez est allé à Rome pour y recevoir le <span style="font-style: italic;">pallium</span>, symbole de la brebis perdue que le Bon Pasteur porte sur ses épaules et marque de la plus haute dignité. Le roi de Castille Alphonse VI avait déconseillé ce voyage, craignant que Pierre Ier d'Aragon, qui hébergeait Diego Pelaez évincé du siège de Compostelle, ne fasse des difficultés en cours de route. Le prélat choisit donc un itinéraire évitant l’Aragon. A partir de Burgos, son confrère, l'ordinaire du lieu, le fait passer en France sous bonne escorte pour éviter que l'on ne s'empare de sa personne : « Entouré de nombreuses gens idoines, tant clercs que militaires, il traversa les Pyrénées et parvint en Gascogne <span style="font-style: italic;">ad honores saluitatum nostre ecclesie</span> ». Entendons par là que Gelmirez va réclamer leur redevance aux sauvetés que possède l’église de Compostelle en Gascogne. <br />   <br />  Cette préoccupation économique est confirmée par un témoignage extérieur selon lequel en cette même année 1105, le Français Hugo, cardinal de Compostelle donne à l'abbé clunisien de Lézat-sur-Lèze la sauveté de Saint-Jacques, située entre Saint-Julien et Salles-sur-Garonne, au nord de Cazères. La donation précise que, « si un légat ou le vicaire de Saint-Jacques vient dans ce domaine, qu'il soit accueilli avec honneur et servi par les habitants du lieu ; c'est la volonté de l'évêque de Compostelle que je visite cette sauveté et d'autres afin de mieux les connaitre et d'en prendre soin au profit de l'église de Saint-Jacques » (Dom Vaissette, <span style="font-style: italic;">Histoire générale de Languedoc</span>, Toulouse, 1874, III, 567-568, V col. 793 et 1763; BnF. ms. lat.9189, fol.44). L'honneur ou les honneurs c'est bien ici, comme dans l'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana</span> l'usufruit dû au seigneur. <br />   <br />  Selon les dires de celle-ci, il passe par Auch où il est accueilli par l’évêque, le jour de la Nativité de la Vierge, puis par Toulouse, puis par le monastère Saint-Pierre de Moissac, la ville de Cahors, le monastère Saint-Pierre d'Uzerche, Limoges (où il reçoit de Saint-Martial des biens situés à Chambon-sur-Voueize et à Saint-Léonard-de-Noblat, sans qu'il soit dit s'y rendre), Cluny, la vallée de la Maurienne, Suse, enfin Rome. L'Historia Compostellana ne précise nullement le trajet que suit Gelmirez entre Burgos et Auch. Cependant la carte fait figurer sur la ligne bleue les localités de Roncevaux, Ostabat, Oloron-Sainte-Marie et Pau, qui relèvent de la pure conjecture. D'autre part, entre Suse et Rome, la carte relève dix stations sur lesquelles l'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana</span> garde le silence le plus complet. <br />   <br />  Une constatation s'impose : le seul toponyme commun au récit du second voyage de Gelmirez, tel que le rapporte l'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana</span> et aux stations de piété mentionnées par le <span style="font-style: italic;">Guide</span> du Pèlerinage est celui de Toulouse. (et à la rigueur celui de Saint-Léonard-de-Noblat). C'est vraiment un point de contact que l'on pourrait dire asymptotique avec les chemins de pèlerins. Sur la base de cette constatation, on conclurait beaucoup plus justement que Gelmirez a délibérément évité les chemins des pèlerins de saint Jacques, si tant est que ces chemins aient existé. L'<span style="font-style: italic;">Historia Compostellana </span>montre très bien que toute préoccupation de pèlerinage est loin de sa pensée. A aucun moment, elle ne mentionne une rencontre avec des pèlerins de saint Jacques ni l'existence d'étapes sur les chemins de pèlerinage. Deux choses seulement lui importent : d'une part la perception des impôts que Compostelle prélève sur ses sauvetés, d'autre part les attentions honorifiques que lui témoignent les évêques et abbés des lieux où il passe. A chaque station, le texte précise qu'il est reçu en grande pompe et avec des égards qui n'en finissent pas.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Le tracé rouge ou le voyage de Gelmirez à Braga</b></div>
     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/2173053-3028839.jpg?v=1289579632" alt="La carte des voyages de Diego Gelmirez" title="La carte des voyages de Diego Gelmirez" />
     </div>
     <div>
      En une sorte d'appendice, un tracé rouge consigne le déplacement, qui précède immédiatement le second voyage à Rome, fait à Braga, où il s'est intéressé de près aux reliques de saint Fructueux, de saint Silvestre, de saint Cucfat et de sainte Suzanne. Etant donné les conséquences délictueuses de cette entreprise, puisque au mépris du commandement “Tu ne voleras point”, il n'a pas résisté à la tentation d'y dérober les reliques détenues par l'archevêque dont il était le suffragant, on hésitera naturellement à parler ici de pèlerinage. Il est vrai toutefois, comme le rappelle opportunément l'article consacré dans ce volume à ce que l'on appelle par euphémisme le « pieux larcin » de Gelmirez, que le prélat conféra à Gérald de Braga, l'archevêque qu'il avait dépouillé, la dignité de chanoine de Compostelle, ce qui prouve au moins que dans sa grandeur d'âme, il n'avait pas de rancune envers ses victimes. Comme le remarque, avec un sourire en coin, la seule contribution du volume émanant de l'archevêché de Compostelle, « saint Gérald de Braga est le seul saint canonisé du chapitre de Saint-Jacques dans toute son histoire » (p. 165).
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Diego Gelmirez pèlerin comme Charlemagne</b></div>
     <div>
      L'insistance avec laquelle l'ouvrage applique à Diego Gelmirez la qualification de pèlerin invite à s'interroger sur le bien-fondé de cette désignation. Il s'est rendu deux fois à Rome pour des raisons administratives et politiques impérieuses qui tenaient à sa propre promotion, la première fois au grade de sous-diacre, la seconde fois à celui de détenteur du <span style="font-style: italic;">pallium</span>. Ce sont des voyages d'affaires qu'il est tout à fait déplacé de ranger dans la catégorie des pèlerinages. <br />   <br />  L'attribution à Diego Gelmirez du statut de pèlerin, dont il n'a nul besoin, montre bien de quelle confusion dans les esprits s'accompagne le discours compostellan. Les notions et les textes n'y servent plus qu'à une apologétique publicitaire qui ne recule devant aucun sacrifice de la pensée. Depuis sa traduction en 1938, le <span style="font-style: italic;">Guide du Pèlerinage</span> a tourné la tête à plus d'un esprit prompt, en incitant à voir partout des chemins de Saint-Jacques et dans tout usager de ceux-ci un pèlerin. Le mal n'est pas récent, mais il sévit toujours. <br />   <br />  C'est ainsi que dans l'interview récente donnée par une responsable dite à tort scientifique, on peut entendre que Gelmirez, évidemment auteur à titre posthume autant que miraculeux du <span style="font-style: italic;">Codex Calixtinus</span> composé vingt ans après sa mort, aurait « mis sur la géographie les voyages attribués à Charlemagne, ce que nous connaissons sous le nom de <span style="font-style: italic;">Guide du Pèlerin à Saint-Jacques de Compostelle</span>». Indépendamment du français plus que douteux, la baliverne est flagrante, puisque le nom de Charlemagne n'apparaît dans le <span style="font-style: italic;">Guide</span> qu'à propos de Roncevaux d'où il peut difficilement être absent, pour expliquer qu'au col d'Ibañeta on trouve une Croix de Charles et un Val Carlos et quant aux sépultures des preux qui y sont morts. Elle est surtout symptomatique d'un délitement de la connaissance et de la moralité pédagogique. Nul n'est besoin désormais de vérifier avant de parler, même s'il suffit d'ouvrir un livre qu'on trouve partout. <br />   <br />  On ne peut que constater avec affliction l'incapacité des chercheurs en pèlerinage à respecter les distinctions conceptuelles les plus nécessaires, à mettre chaque chose à sa place, bref à respecter une logique élémentaire dont les titres scientifiques ne dispensent personne. Dès qu'il est question de chemins, voilà leur meute prête à battre la campagne en tous sens. Épidémie ou pandémie, le symptôme principal est la répétition compulsive du credo : « Tout le monde il est pèlerin ! ».
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
   </content>
   <link rel="alternate" href="https://www.institut-irj.fr/La-carte-des-voyages-de-Diego-Gelmirez_a94.html" />
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   <title>La Compostellite</title>
   <updated>2014-09-03T10:15:00+02:00</updated>
   <id>https://www.institut-irj.fr/La-Compostellite_a49.html</id>
   <category term="OPINIONS" />
   <photo:imgsrc>https://www.institut-irj.fr/photo/art/imagette/1444720-1918703.jpg</photo:imgsrc>
   <published>2009-06-21T15:37:00+02:00</published>
   <author><name>Louis Mollaret</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Le pèlerinage à Compostelle est un phénomène de société. Il répond a un immense besoin de nos contemporains. Mais la publicité faite à son sujet occulte sa véritable histoire et rapporte tout à Compostelle au risque de faire friser le ridicule à beaucoup.     <div><b>Le sommet de l'Etat n'est pas épargné</b></div>
     <div>
      <link href="file:///C:DOCUME~1HP_ADM~1LOCALS~1Tempmsohtml1clip_filelist.xml" rel="File-List" />  <o:smarttagtype name="PersonName" namespaceuri="urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags"><o:smarttagtype name="metricconverter" namespaceuri="urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags"><xml><w:worddocument><w:punctuationkerning><w:validateagainstschemas><w:compatibility><w:breakwrappedtables><w:snaptogridincell><object classid="clsid:38481807-CA0E-42D2-BF39-B33AF135CC4D" id="ieooui"><xml><xml><st1:personname productid="La Compostellite" w:st="on"><o:p>Juppé sera comme une église sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.&nbsp; Jean-Pierre Raffarin lui rendait ainsi hommage, (<i style="">Le Point</i>, n°1682, déc. 2004 p.32). L’ancien Premier Ministre a manifesté là un cas particulier de «&nbsp;compostellite&nbsp;», maladie qui frappe <st1:personname productid="la France" w:st="on">la France</st1:personname> depuis le milieu du XXe siècle et se rencontre sous diverses formes qui ne sont pas toutes bénignes.Nous présentons ici quelques cas de cette maladie qui prend progressivement en France la forme d'une pandémie. Il ne semble pas que ce soit le cas en Espagne. Les esprits y ont peut-être été préparés à une meilleure résistance. Il semble en effet qu'un des facteurs générateurs de la maladie ait été une propension, propre à un groupe d'intellectuels français, à admirer l'Espagne. <br />  Aujourd'hui encore certains hispanisants, héritiers des premiers promoteurs de Compostelle en France, ne savent regarder voir le sanctuaire galicien qu'au travers de lunettes "made in Spain". </o:p></st1:personname></xml></xml> <br />  </object></w:snaptogridincell></w:breakwrappedtables></w:compatibility></w:validateagainstschemas></w:punctuationkerning></w:worddocument></xml></o:smarttagtype></o:smarttagtype>
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Premiers cas apparus à la fin du XIXe siècle</b></div>
     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/1444720-1918703.jpg?v=1289579629" alt="La Compostellite" title="La Compostellite" />
     </div>
     <div>
      <p class="MsoNormal">  	La maladie a son origine dans l’édition, en 1882, du dernier Livre du <i style="">Codex Calixtinus</i>, manuscrit du XIIe conservé à la cathédrale de Compostelle. Cette édition fut le prélude de la publicité contemporaine faite à ce sanctuaire, intensifiée à partir de 1884 par la reconnaissance des restes de saint Jacques par le pape Léon XIII. Le virus a été inoculé par deux intellectuels incontestés, Joseph Bédier en littérature médiévale et Emile Mâle en l’histoire de l’art ont donné une importance exagérée à Compostelle. Mais, le virus ne serait jamais sorti des milieux intellectuels sans l’enthousiasme du marquis René de <st1:personname productid="La Coste Messeli￨re." w:st="on"><st1:personname productid="La Coste" w:st="on">La Coste</st1:personname> Messelière.</st1:personname> Originaire de Melle en Poitou, il se souvenait de sa grand-mère lui disant «&nbsp;un chemin de Saint-Jacques passe au bout de notre propriété&nbsp;». Après des études en Espagne, il consacra l’essentiel de son activité de chartiste à la recherche et à la promotion de ces chemins. <br />  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Une souche de la maladie très résistante née en Poitou</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/1444720-1918704.jpg?v=1289579629" alt="La Compostellite" title="La Compostellite" />
     </div>
     <div>
      <p class="MsoNormal">  	Grâce à lui, nos contemporains entendent parler de Compostelle et beaucoup croient qu’on y vénère un saint Jacques-de-Compostelle, comme on vénère un François-d’Assise ou une Thérèse-de-Lisieux. Il a en effet vu en Compostelle l’unique lieu des dévotions à l’apôtre Jacques le Majeur, négligeant les nombreux sanctuaires qui lui étaient dédiés ailleurs, en France et en Europe. Le plus bel exemple en est la tour Saint-Jacques à Paris, clocher d’une église qui abritait des reliques de saint Jacques et où le roi Charles VI vint en pèlerinage. Dès 1965 il la définit comme « la première borne haute de cinquante-huit mètres qui marque le point de départ vers Compostelle ». Il fait offrir par l’Espagne à la ville de Paris une plaque de marbre qui devrait aujourd’hui être dans un musée et non sur le soubassement de la tour restaurée car elle induit en erreur des milliers de touristes et de pèlerins. En effet, aucun historien sérieux n'a jamais trouvé de document attestant des rassemblements de pèlerins en partance pour la Galice à Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Dans la foulée toutes les églises, hôpitaux, chapelles vouées à saint Jacques furent transformés à leur tour en balises sur des chemins. Ainsi fut tracé un chemin au départ du Puy au début des années 1970. <br />  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>A la fin des années 1980 la contagion atteint Strasbourg</b></div>
     <div>
      L’exploitation politique de Compostelle faite par le Conseil de l’Europe à la demande de l’Espagne en 1987 donna une nouvelle dimension à la publicité pour le pèlerinage. La décision de faire des chemins de Compostelle le premier Itinéraire Culturel Européen mérite quelques explications. C'est au printemps 1982 que le président d'une association galicienne demande au Conseil de l'Europe de reconnaître le chemin de Compostelle comme "bien commun européen". La Commission de la Culture du Conseil de l'Europe remet un rapport en 1984. Elle reconnaît la place exemplaire de compostelle parmi les sanctuaires de pèlerinage européens mais recommande une action prenant en compte tous les sanctuaires, significatifs du mouvement pèlerin au Moyen Age. Mais, ni les autorités espagnoles, ni les associations créées dans divers pays européens à l'instigation de René de La Coste-Messelière ne pouvaient se satisfaire de cet élargissement. Un intense lobbying et l'appui des fonctionnaires espagnols du Conseil de l'Europe emporta la décision en faveur de Compostelle.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>1993 et 1998 mondialisation de la maladie</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.institut-irj.fr/photo/art/default/1444720-1918767.jpg?v=1289579629" alt="La Compostellite" title="La Compostellite" />
     </div>
     <div>
      En 1993,&nbsp; l'UNESCO inscrivait le <span style="font-style: italic;">Camino francés</span> et 1800 monuments espagnols au patrimoine Mondial. Cinq ans plus tard, la France obtenait à son tour l'inscription de 71 monuments et 7 tronçons de chemin "au titre des chemins de Compostelle". Depuis,&nbsp; l’UNESCO laisse graver dans le marbre que «&nbsp;les chemins de Compostelle en France sont classés au Patrimoine Mondial&nbsp;». C'est in fine une des plus graves manifestations de la maladie. Le prestige culturel de l'UNESCO lui sert de vecteur efficace. Elle encourage toutes les exagérations. Un des exemples les plus significatifs est le film <i style="">Le prix de la foi</i> qu’un producteur espagnol a vendu à ARTE en décembre 2005 comme documentaire alors qu’il s’agissait d’une docu-fiction bâtie de bric et de broc à la gloire de Compostelle. La direction de la chaîne a fait confiance. Mais en ce qui concerne l'histoire de Compostelle, il ne faut faire confiance qu'aux vrais professionnels et ils sont peu nombreux. Il faut surtout se méfier de tout ce qui vient de l'Espagne.
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Un metteur en scène américain contaminé</b></div>
     <div>
      Le film <em>The Way</em> présenté à grand renfort de publicité en 2013 fournit un bon exemple. Un metteur en scène talentueux n'a pas été épargné alors qu'il voulait rendre hommage à son ancêtre qui n'avait connu qu'un petit pèlerinage galicien, il a célébré le chemin contemporain avec tous ses clichés. Il s'est " englué dans les poncifs du pèlerinage contemporain " comme le dit l'article paru dans France Catholique en octobre 2013. <br />  Voir l'article publié par France Catholique : <a class="link" href="http://www.france-catholique.fr/The-Way-Le-retour-a-Compostelle.html" target="_blank">http://www.france-catholique.fr/The-Way-Le-retour-a-Compostelle.html</a> 
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